« « Sailing In My Mind » embarque Roar Idle dans un rock psyché à fleur de peau, entre guitares qui scintillent, rêves salés et solitude douce de ceux qui partent surtout à l’intérieur d’eux-mêmes. »
Le plus beau voyage n’a parfois besoin d’aucun port. Il suffit d’une guitare qui ondule, d’une batterie qui garde le cap, d’une voix qui regarde ailleurs, et soudain Londres se met à sentir le sel, les néons mouillés, les départs imaginaires. Avec « Sailing In My Mind », Roar Idle signe un deuxième album qui ne cherche pas la grande démonstration rock, mais quelque chose de plus diffus, de plus enveloppant : un état de dérive.
Le duo, porté par Ro Arora à la guitare, au chant et à l’écriture, et Olly Massey à la batterie, avance dans un territoire où l’alternative rock croise la pop mélodique, les reflets psychédéliques et une chaleur bluesy jamais trop appuyée. L’album garde aussi la trace d’Adam Kingsley, ancien membre crédité à la basse sur les titres 1 à 4, avant qu’Olly Massey ne reprenne également la basse sur les pistes 5 à 8. Ce détail compte : « Sailing In My Mind » ressemble justement à un disque de transition, traversé par les départs, les relais, les présences qui changent de place sans disparaître complètement.
La plage-titre, « Sailing In My Mind », ouvre l’album comme on pousse une barque hors du sable. Tout y flotte déjà : les images, le groove, cette impression de voyage mental plus que géographique. « Waiting For Fire » allume ensuite une tension plus rock, un désir d’embrasement qui reste contenu juste assez longtemps pour devenir magnétique. « Ever & Ever » joue la carte de la répétition affective, de l’amour qui revient comme une vague, tandis que « In My World » resserre l’écoute autour d’un espace intérieur, presque une chambre psychédélique où la mélodie sert de boussole.
Avec « Island All Alone », Roar Idle touche l’un des points sensibles du disque : l’île n’est plus un décor exotique, mais une forme de solitude. Le morceau avance avec une douceur trompeuse, comme si l’isolement pouvait aussi avoir sa lumière. « Electric Blanket » réchauffe alors l’atmosphère d’un courant plus intime, presque domestique, un cocon électrique pour nuits bancales. La production y garde ce côté humain, volontairement raw, qui empêche les textures de devenir trop lisses.
« Floating » porte admirablement son nom : moins une chanson qu’une suspension, un moment où le groupe cesse de pousser pour laisser la matière sonore respirer. Puis « Cora » ramène une figure, un prénom, peut-être un souvenir, en tout cas une présence assez forte pour déplacer le paysage. Enfin, « Voice Memo » referme l’album comme une note retrouvée dans un téléphone : imparfaite, proche, presque trop vraie pour être totalement arrangée.
« Sailing In My Mind » séduit parce qu’il accepte de ne pas tout verrouiller. Roar Idle préfère le mouvement intérieur à la pose, le halo à la ligne droite, la mélodie qui traîne un peu derrière la pensée. C’est un album de rock atmosphérique et psyché-pop pour ceux qui aiment quand les chansons ressemblent à des cartes marines griffonnées à la main : pas toujours précises, mais pleines de chemins possibles.
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