« I’m Going (Letting Go) » transforme Raw Soul en témoin d’un lâcher-prise sans décor héroïque, un rap boom bap lucide où quitter l’ancien soi devient presque une opération à cœur ouvert.
On ne devrait pas toujours appeler ça “guérir”. Le mot est trop propre, trop wellness, trop lisse pour décrire ce moment où l’on se détache enfin d’une douleur qu’on a portée si longtemps qu’elle avait commencé à ressembler à une identité. Chez Raw Soul, le processus a quelque chose de plus brut, de plus vrai, de moins instagrammable : un sac trop lourd qu’on pose au sol, un souffle qu’on reprend sans prévenir personne, une porte qu’on referme doucement parce qu’on n’a même plus l’énergie de faire du bruit.
« I’m Going (Letting Go) » n’avance pas comme un morceau de victoire. Il ne sort pas les trompettes de la résilience ni les slogans faciles sur le fait de “passer à autre chose”. Le titre choisit une zone plus rare : celle du seuil. Ce moment suspendu où l’on comprend que rester fidèle à certaines blessures revient simplement à prolonger leur bail dans notre tête.
Né à Vancouver, avec des racines à Tripoli en Libye, Raw Soul fait partie de ces rappeurs pour qui l’introspection n’est pas un accessoire esthétique. Son rap creuse vraiment. Il descend dans les zones troubles de la santé mentale, du trauma, de la survie émotionnelle, mais sans transformer la vulnérabilité en performance de façade. Il ne prétend pas avoir trouvé la formule. Il raconte plutôt ce qu’il a réussi à ramener du fond : quelques images, quelques constats, quelques morceaux de lumière encore sales de poussière.
L’ossature boom bap donne à « I’m Going (Letting Go) » une gravité qui convient parfaitement au sujet. Les drums avancent comme des pas mesurés dans une pièce vide. La production laisse assez d’air pour que les mots pèsent, sans noyer l’émotion dans une surcharge dramatique. On sent une filiation avec les rappeurs capables de transformer l’écriture en examen de conscience, de Kendrick Lamar à Mac Miller, de J. Cole à Slug d’Atmosphere, mais Raw Soul garde sa propre température : plus méditative, plus cabossée, moins soucieuse de briller que de dire juste.
Le plus fort, ici, c’est que le lâcher-prise n’a rien d’une révélation lumineuse. Il ressemble plutôt à une amputation nécessaire. Laisser partir quelque chose, c’est aussi perdre la version de soi qui avait appris à vivre avec cette douleur. C’est se retrouver devant un vide neuf, presque inquiétant. Raw Soul capte cette ambivalence avec une pudeur rare : partir ne signifie pas forcément être libre tout de suite. Parfois, partir signifie seulement arrêter de collaborer avec ce qui nous détruit.
« I’m Going (Letting Go) » est un morceau pour les gens qui ont compris que certaines batailles continuent uniquement parce qu’on leur donne encore notre nom. Raw Soul n’écrit pas une simple chanson de rupture, ni un hymne de motivation. Il signe un acte de désengagement intime, une manière de reprendre son âme sans faire de discours.
Et c’est là que le titre frappe le plus fort : il ne promet pas que la vie sera légère après. Il dit seulement qu’à un moment, même le poids le plus familier doit cesser d’être confondu avec une maison.
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