« « Still High… » ressemble à ce moment rare où Raw Soul regarde enfin derrière lui sans tomber : neuf titres pour dire la fatigue, la foi, la guérison, l’ambition, et cette gratitude presque incrédule d’être encore debout. »
La réussite, parfois, ne ressemble pas à une couronne. Elle ressemble à un matin calme. À quelques mois sans chaos. À une carrière qui avance, un studio à la maison, un corps moins en guerre contre lui-même, une voix qui trouve enfin l’espace de dire : j’ai traversé tout ça, et je suis encore là. « Still High… » de Raw Soul part de cette altitude étrange, pas arrogante, pas triomphale, plutôt lucide. Le rappeur de Vancouver, originaire de Tripoli en Libye, y raconte la plus longue période de stabilité et de clarté de ses vingt ans, entre progression professionnelle comme avocat et maturation artistique en solitaire.
Tout commence avec « Run Free », comme une ouverture d’air. Le titre a quelque chose d’un départ sans fracas, une manière de délier les jambes avant d’entrer dans le vif. Puis « Still High » pose le cœur du disque : cette sensation d’être encore porté malgré les secousses, non pas parce que tout serait gagné, mais parce que le simple fait de tenir devient déjà une victoire. Raw Soul n’y vend pas un fantasme de succès ; il parle de gratitude, de souffle retrouvé, de ce calme qu’on ne comprend vraiment qu’après avoir manqué de le perdre.
« In Need (of Healing) » descend plus bas, là où le disque accepte de nommer les blessures plutôt que de les contourner. Sur une production d’eeryskies, comme plusieurs titres de l’album, la mélancolie devient presque une matière respirable. « Skyscrapers » élargit ensuite le décor : les immeubles, l’ascension, la ville, l’ambition, tout ce qui peut inspirer autant qu’écraser. Raw Soul y rappe comme quelqu’un qui regarde vers le haut sans oublier le poids dans les épaules.
« Perseverance » fait entendre la colonne vertébrale morale du projet. On pense à J. Cole, à Kendrick dans ses premières architectures introspectives, à Mac Miller pour cette façon de rendre la vulnérabilité mélodique, mais Raw Soul ne se contente pas de marcher dans leurs ombres. Il a sa propre cadence, nourrie par ses obligations, ses déplacements, ses contradictions, sa discipline d’homme qui écrit après les journées trop pleines.
Le sommet émotionnel arrive peut-être avec « I’m Going (Letting Go) ». Le titre dit déjà le mouvement : partir, oui, mais surtout relâcher. Ne plus tout porter comme une preuve de loyauté envers la douleur. « On My Way » répond en miroir, plus lumineux, presque routier, comme si le disque cessait un instant de soigner ses plaies pour reprendre la marche.
« Lenses » interroge la perception : ce que l’on voit, ce que l’on croit voir, les filtres qu’on pose sur soi, les autres, la réussite, l’échec. Puis « To Whom it May Concern » referme l’album comme une lettre ouverte, à ceux qui doutaient, à ceux qui écoutent, à lui-même peut-être. Une adresse finale, humble et déterminée, pour rappeler que le voyage compte davantage que la destination — phrase qui traverse son parcours comme une boussole intime.
« Still High… » n’est pas un album de rap spectaculaire au sens bruyant du terme. C’est un disque de persistance. Du boom bap à la soul, de la confession à l’affirmation, Raw Soul y prouve qu’on peut être à la fois avocat, artisan indépendant, rappeur technique et témoin sensible de sa propre reconstruction. Neuf titres comme des dissertations du cœur, écrites pour la voiture, le casque, les soirs où l’on a besoin qu’une voix dise simplement : on va s’en sortir.
Pour découvrir plus de nouveautés RAP, HIP-HOP, TRAP et DRILL n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVARAP ci-dessous :
