« « Dvara – Hafta As (Ullrson Remix) » ressemble à une cérémonie techno qu’on aurait retrouvée sous la terre : des voix scythes, une fureur nordique, et le dancefloor soudain changé en cercle rituel. »
La techno a toujours eu quelque chose de tribal, même quand elle prétendait venir du futur. Un kick répété assez longtemps finit par ressembler à un tambour ancien. Une basse trop lourde devient une convocation. Une foule dans le noir, si l’on regarde bien, n’est jamais très loin d’un rite. Ullrson part de cette intuition et la pousse jusqu’au bout avec son remix de « Hafta As » de DVARA : pas une simple version plus massive pour club, mais une collision volontaire entre mysticisme eurasiatique, imagerie nordique et brutalité peak-time.
Derrière Ullrson, on retrouve Nick Bowman, DJ, producteur et animateur radio britannique déjà solidement enraciné dans la scène techno. Son nouvel alias ne cherche pas seulement à changer de nom : il ouvre un territoire. Inspiré par Ullr, dieu nordique associé à l’archerie, aux serments et au duel, le projet revendique une esthétique de Viking Techno, comme si le passé païen d’East Anglia, les Wuffingas, Beowulf, la Grande Armée païenne ou l’ombre de Boudicca pouvaient soudain reprendre forme dans une architecture de basses.
« Hafta As » lui offre une matière idéale. Le morceau original de DVARA s’ancre dans une langue scythe morte et des rituels chamaniques dédiés aux sept dieux. Au centre, cette invocation — « Hafta as koruk raz », “que les sept dieux nous guident par l’étoile” — agit comme une formule ouverte dans la nuit. Ullrson ne la traite pas comme un sample exotique. Il la place au cœur de la machine, comme un foyer sacré autour duquel tout vient tourner.
Le remix conserve les éléments essentiels de DVARA : voix gutturales, chant féminin, tagelharpa, gusle, percussions chamaniques. Puis Ullrson ajoute sa propre armée sonore : nyckelharpa, flûte d’elderwood, lur de bronze, frappes d’enclume, textures de cor de guerre, fondation techno plus lourde. Le résultat ne cherche jamais la délicatesse décorative. Il avance comme une procession armée. Les instruments anciens ne flottent pas au-dessus du beat ; ils s’y plantent, ils le hantent, ils lui donnent une mémoire.
Ce qui fascine, c’est la manière dont la track refuse de choisir entre spiritualité et impact physique. On peut l’écouter comme une immersion rituelle, mais aussi comme une arme de dancefloor. La voix appelle vers le ciel, la rythmique ramène au sol. Les pierres sacrées, les prières, le chaman les mains levées vers le vide : toutes ces images deviennent presque visibles dans la pression du mix. À un moment, l’imaginaire cesse d’être un habillage. Il devient une force motrice.
Ullrson signe ici plus qu’un remix : une déclaration de monde. Un morceau qui comprend que la club music peut encore raconter quelque chose d’immense quand elle accepte d’ouvrir des portes plus anciennes que ses machines. « Dvara – Hafta As (Ullrson Remix) » frappe fort, mais ce n’est pas sa seule qualité. Il frappe comme un serment, comme une danse avant bataille, comme une prière qui aurait appris à survivre dans les subwoofers.
Et soudain, le dancefloor ne ressemble plus à une salle. Il ressemble à une clairière nocturne, encerclée par le feu, les dieux et les corps qui n’ont pas encore fini d’appeler.
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