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Alexy Trip enterre l’amour vivant dans « SINS LIES AND DEVOTION »

Alexy Trip enterre l’amour vivant dans « SINS LIES AND DEVOTION »
  • Publishedjuin 9, 2026

« « SINS LIES AND DEVOTION » éclaire les ruines sentimentales au néon : Alexy Trip y fait danser le péché, le manque et la fidélité maladive dans un album darkwave aussi froid dans sa matière que brûlant dans ses aveux. »

Minuit passé, Mexico ne dort pas : elle change seulement de visage. Les avenues deviennent des couloirs de lumière artificielle, les corps se reflètent dans les vitrines et les souvenirs trouvent enfin assez de silence pour recommencer leur travail de sape. C’est à cette heure-là que « SINS LIES AND DEVOTION » semble vouloir être écouté. Pas comme un album posé en arrière-plan, mais comme une dérive nocturne dont chaque titre ouvrirait une nouvelle zone de la même blessure.

Alexy Trip construit son univers seul, depuis 2020, entre synthétiseurs analogiques, batteries noyées de réverbération, basses pulsées et voix mélancolique. Son indépendance ne se réduit pas à une mention technique : elle donne à l’album cette cohérence presque obsessionnelle, l’impression qu’une seule conscience a dessiné les murs, choisi la lumière et verrouillé la sortie.

« SINS » ouvre la cérémonie sans demander de pardon. Le morceau avance comme un rite électronique, hypnotique et charnel, porté par une pulsation conçue autant pour le club que pour une crypte futuriste. Les synthés répètent leur motif jusqu’à brouiller la frontière entre désir et menace. Alexy Trip ne traite pas le péché comme une faute religieuse à expier, mais comme une attraction connue d’avance, cette chose vers laquelle on retourne précisément parce qu’elle peut nous détruire. Le solo de guitare distordue qui surgit au sommet agit comme une déchirure dans le dispositif synthétique : la chair reprend violemment possession de la machine.

« ANGEL OF NIGHT » fait entrer une silhouette dans ce décor. L’ange n’appartient évidemment pas au jour ; il apparaît lorsque les protections tombent et que la solitude devient plus facile à séduire. Le morceau joue sur cette ambiguïté entre refuge et prédation. Sa mélodie conserve une grâce presque romantique, tandis que la production installe autour d’elle une froideur qui interdit toute confiance complète. Alexy Trip crée une figure moins salvatrice que magnétique : celle que l’on suit en sachant qu’elle ne nous ramènera probablement pas chez nous.

« HERE COMES THE RAIN » ralentit le mouvement sans apaiser l’album. La pluie n’efface rien ; elle rend simplement les lumières plus belles sur l’asphalte. Les textures new wave s’élargissent, la batterie résonne comme dans une ville désertée et la voix accepte enfin une forme de fatigue. Le morceau possède cette mélancolie très visuelle des chansons qui semblent déjà se souvenir d’elles-mêmes. La pluie annonce moins une purification qu’un retour cyclique : ce que l’on croyait traversé revient tomber sur les mêmes rues.

« KETAMINE » occupe plus de cinq minutes, comme si l’état qu’il décrit refusait de se terminer. Le titre évoque naturellement la dissociation, l’anesthésie et cette envie de quitter temporairement son propre corps lorsque la réalité devient trop abrasive. Alexy Trip étire les motifs, épaissit les nappes et laisse le groove devenir presque narcotique. Le morceau ne cherche pas l’énergie spectaculaire d’une nuit chimique ; il en explore plutôt l’envers, la sensation de flotter au-dessus de soi tout en sachant que le retour sera inévitable. La chaleur analogique et la dégradation numérique s’y rencontrent avec une justesse particulière : quelque chose vit encore sous la surface, mais sa forme commence à se dissoudre.

« LIES » constitue l’un des centres émotionnels du disque. La production conserve une impulsion dansante, mais la mélodie tire le corps vers le bas. C’est toute la force de la darkwave lorsqu’elle est bien comprise : faire bouger ce qui, intérieurement, demeure paralysé. Les mensonges du titre ne sont peut-être pas seulement ceux d’un autre. Il y a aussi les récits que l’on fabrique pour prolonger une relation, les signes que l’on interprète dans le sens le plus confortable, les promesses auxquelles on continue de croire après leur expiration. Le solo final de guitare distordue n’apporte aucune résolution ; il ressemble à une vérité trop longtemps contenue qui finit par traverser l’élégance du morceau.

« HARD TO SAY GOODBYE » s’installe dans le moment que tout l’album semblait retarder. Dire adieu paraît simple lorsqu’on le réduit à une phrase. Le corps, lui, conserve les habitudes, les horaires, les réflexes et cette étrange loyauté envers ce qui n’existe déjà plus. Alexy Trip laisse le morceau respirer près de cinq minutes, donnant à la séparation la durée qu’elle réclame réellement. Les synthétiseurs dessinent une progression lente, les rythmes maintiennent un mouvement qui ressemble moins à une fuite qu’à l’effort de continuer. L’adieu reste difficile parce qu’il ne concerne pas seulement une personne : il faut aussi quitter la version de soi qui existait auprès d’elle.

« DEVOTION » arrive alors comme le véritable piège du disque. Après le péché et les mensonges, la dévotion pourrait offrir une forme de rédemption. Alexy Trip la présente plutôt comme une fidélité devenue inquiétante. Jusqu’où aimer avant de disparaître dans ce que l’on donne ? À quel moment la constance cesse-t-elle d’être noble pour devenir une incapacité à partir ? La basse pulse avec une régularité presque religieuse, tandis que les synthés dressent une architecture froide autour de la voix. La dévotion possède ici quelque chose de beau et de terrifiant : elle maintient le cœur en vie, mais peut aussi l’enfermer dans un culte sans réponse.

« LOVE AND CARING » semble proposer une douceur plus directe. Son titre associe deux mots simples, presque naïfs après les ombres traversées. Pourtant, l’album a déjà appris à l’auditeur à se méfier des éclaircies. Les textures restent nostalgiques, légèrement détériorées, comme un souvenir tendre retrouvé sur une cassette dont le son commence à s’effacer. Alexy Trip ne ridiculise jamais le besoin d’amour et d’attention. Il montre au contraire combien ce désir élémentaire peut nous pousser à accepter des situations qui ne lui ressemblent plus. Le morceau devient une pause fragile : non pas le bonheur retrouvé, mais la mémoire de ce qu’il aurait pu être.

« IN MY DARKNESS » ferme l’album sans rallumer la lumière. Ce choix est essentiel. Après avoir traversé les péchés, les figures nocturnes, la pluie, l’anesthésie, les mensonges et la séparation, Alexy Trip ne prétend pas sortir miraculeusement guéri. Il rejoint sa propre obscurité et cesse peut-être de la traiter uniquement comme un ennemi. La production retrouve les éléments fondateurs du disque — basses profondes, synthés analogiques, réverbérations immenses — mais leur présence semble désormais moins étrangère. L’artiste ne triomphe pas de la nuit ; il apprend à reconnaître ce qu’elle contient de lui.

Les neuf titres dessinent ainsi une véritable progression psychologique. « SINS » provoque la chute, « ANGEL OF NIGHT » lui donne un visage, « HERE COMES THE RAIN » en installe la répétition, puis « KETAMINE » tente d’en suspendre les effets. « LIES » révèle ce qui a été nié, « HARD TO SAY GOODBYE » affronte la séparation, « DEVOTION » interroge l’attachement, « LOVE AND CARING » retrouve le besoin originel et « IN MY DARKNESS » accepte enfin le territoire intérieur laissé derrière l’histoire.

L’influence de Depeche Mode, New Order ou Boy Harsher traverse naturellement l’album, mais Alexy Trip ne se contente pas d’habiller ses chansons en noir pour recréer les années 80. Son esthétique rétrofuturiste fonctionne parce qu’elle confronte la chaleur imparfaite des machines analogiques à une forme très contemporaine d’isolement. Les basses donnent envie de danser, les mélodies organisent le manque et la production conserve toujours une légère corrosion, comme si chaque fichier numérique portait déjà les traces de sa future disparition.

« SINS LIES AND DEVOTION » est froid sans être distant, séduisant sans devenir confortable. Alexy Trip y montre que le dancefloor et la chambre vide peuvent parfois être le même endroit, selon l’heure à laquelle on décide de regarder autour de soi.

Le péché a ouvert l’histoire. Le mensonge l’a prolongée. La dévotion l’a empêchée de mourir au bon moment. Au bout du voyage, il ne reste pas une morale, mais une silhouette sous les néons, enfin capable de nommer sa propre obscurité.

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Written By
Extravafrench

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