« « Same Stars » imagine un coup de foudre avec un extraterrestre sur un groove de soul seventies : Montana Joanna y fait danser les thèmes astraux, les cuivres et l’autodérision sans perdre une seconde de son élégance. »
Premier rendez-vous : demander son prénom. Deuxième étape : vérifier son thème astral. Troisième possibilité, jusque-là trop rarement documentée par la soul contemporaine : découvrir que la personne en face vient peut-être d’une autre planète. Montana Joanna ouvre sa carrière solo sur cette hypothèse délicieusement absurde et signe avec « Same Stars » un morceau qui préfère rire du vertige amoureux plutôt que lui construire une tragédie.
La chanteuse, compositrice et bassiste installée à Santa Fe revendique une modern retro soul nourrie par les grooves des années 60 et 70. Pourtant, « Same Stars » évite soigneusement le piège du pastiche. Les cuivres, le clavinet, les harmonies jazz et le timbre vocal naturel rappellent une époque où la soul se jouait dans une même pièce, mais la batterie légèrement en retard sur le temps introduit une souplesse contemporaine proche de l’héritage de J Dilla. Le morceau regarde vers le passé sans marcher à reculons.
La basse constitue son véritable centre de gravité. Montana Joanna la joue elle-même sur un modèle semi-hollow body devenu sa signature, donnant au titre une rondeur profonde, à la fois chaude et mobile. Elle ne se contente pas d’accompagner la chanson : elle guide son déplacement, construit le flirt, organise les silences et offre aux autres instruments un terrain de jeu particulièrement vivant.
Bobby Nelson, fils du claviériste du groupe funk Cameo, apporte à la batterie cette syncope souple qui dérègle subtilement le classicisme de l’ensemble. Jamie Harrison enrichit la production de guitare, de piano et d’un clavinet particulièrement funky. Bryant Letellier imagine les arrangements de cuivres interprétés avec le saxophoniste Randy Leago, actuel musicien des Beach Boys. Aucun élément n’est samplé : jusqu’aux carillons éoliens, tout a été enregistré en direct.

Cette approche organique donne au morceau une présence presque tactile. On entend les musiciens respirer autour du groove, se laisser de l’espace, répondre à la voix sans la noyer. Les cuivres apportent l’éclat, le clavinet la malice, la batterie le déhanchement et la basse cette autorité tranquille qui empêche la fantaisie lyrique de flotter sans attaches.
Montana Joanna chante avec une clarté rare, sans empiler les effets pour fabriquer artificiellement de l’intimité. Son phrasé jazzy épouse naturellement les détours humoristiques du texte. L’attirance extraterrestre devient le prétexte à une série de jeux de mots autour de l’astrologie, des signes ascendants et de cette habitude très contemporaine consistant à enquêter sur la compatibilité cosmique d’un crush avant même d’avoir appris à le connaître.
Mais derrière la plaisanterie se cache une idée plus tendre. Que l’on vienne de Santa Fe ou d’une galaxie encore sans nom, nous partageons la même matière originelle. La poussière d’étoiles devient ici un point commun romantique, une manière d’abolir toutes les distances imaginables. L’amour ne résout peut-être pas les incompatibilités astrales, mais il rappelle que personne n’est totalement étranger.
« Same Stars » porte également une histoire de persévérance. Montana Joanna a commencé à apprendre la basse en autodidacte en 2020, avant d’écrire ses premières chansons sur l’instrument. Ce titre n’était alors que le deuxième qu’elle composait, né sous forme de notes vocales enregistrées sur le chemin du travail. Sa production aura ensuite demandé plus de deux années, chaque musicien étant ajouté progressivement selon les moyens d’une artiste indépendante.
Ce délai ne ralentit jamais le morceau ; il lui donne au contraire une densité particulière. Chaque partie semble choisie plutôt qu’accumulée. Enregistrer au Recording Center of New Mexico, studio d’Albuquerque mêlant technologies analogiques et numériques, permet aussi de préserver la chaleur recherchée sans sacrifier la netteté contemporaine.
Déjà active au sein de plusieurs formations, dont Luminatrix, Montana Joanna choisit ici d’occuper enfin le centre de sa propre musique. Chanter tout en tenant la basse n’est pas un simple détail de biographie : c’est la logique même de son identité artistique. La voix exprime le désir tandis que l’instrument en organise le mouvement.
« Same Stars » réussit donc quelque chose de plus difficile qu’il n’y paraît : être sophistiqué sans devenir sérieux, rétro sans être figé, drôle sans sacrifier l’émotion. Montana Joanna signe un premier single plein de groove et de personnalité, où les cuivres brillent, la basse séduit et l’amour traverse les systèmes solaires avec une élégance légèrement décalée.
Certains ont cru son rêve de bassiste-chanteuse déraisonnable. Elle leur répond depuis les étoiles — et, franchement, le groove lui donne raison.
Pour découvrir plus de nouveautés du moment, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVANOW ci-dessous :
