x
Music Rock

YACOVELLI cherche l’introuvable dans « Since Emilia »

YACOVELLI cherche l’introuvable dans « Since Emilia »
  • Publishedjuin 9, 2026

« « Since Emilia » propulse YACOVELLI dans une faille entre Liverpool et New York, là où le grunge des années 90, le punk du Bowery et le souvenir d’une femme impossible à retrouver finissent par dérégler le réel. »

Emilia n’est peut-être personne. Ou peut-être qu’elle est précisément celle que tout le monde cherchera après la chanson, sans jamais réussir à l’identifier. Une silhouette effacée, un prénom abandonné au milieu d’une histoire, le genre de présence qui continue de modifier une vie longtemps après avoir quitté la pièce. YACOVELLI construit « Since Emilia » autour de ce mystère et refuse, avec un malin plaisir, d’en fournir la clé.

Le morceau commence pourtant loin du vacarme attendu. Un baglama, petit instrument grec de la famille du bouzouki, installe une contre-mélodie délicate. Alex Yacovelli l’a rapporté de son voyage de noces, accompagné d’une histoire peut-être vraie, peut-être déjà mythologique : son format aurait été adapté aux cellules de prison. Cette anecdote résume presque toute l’esthétique du titre. Quelque chose de beau, transportable et légèrement clandestin précède l’arrivée des guitares.

Puis la porte cède.

Accordé encore plus bas que son D-A-D naturel, l’instrument ouvre sur un groove lourd en Drop D bémol, poisseux comme une rue new-yorkaise en pleine chaleur. YACOVELLI rassemble alors les différentes obsessions qui traversent son rock : le grunge de Seattle, le sleaze, le stoner, le psychédélisme et la brutalité moins disciplinée du punk du Bowery. Rien ne paraît soigneusement séparé. Les références ont été digérées jusqu’à devenir du réflexe, de la sueur, une manière personnelle d’attaquer les cordes.

Alex Yacovelli cite volontiers les Beatles, Soundgarden et Slash. On comprend pourquoi. « Since Emilia » possède le poids rampé de « I Want You (She’s So Heavy) », l’ombre psychédélique d’un « Black Hole Sun » et ce goût du solo qui préfère la sensualité dangereuse à la pure démonstration. Mais le morceau ne joue pas au revival. Son grunge est moins une reconstitution des années 90 qu’une contamination moderne, plus milléniale, plus veloutée par endroits, avec une ironie qui évite le musée.

La véritable force du titre reste son crochet. Une accroche massive, immédiatement identifiable, où toutes les facettes du groupe semblent se condenser. Elle ne cherche pas la perfection pop ; elle cherche la trace. Le genre de motif qui revient quelques heures plus tard sans prévenir, comme un prénom que l’on n’avait pourtant aucune raison de retenir.

Les paroles prolongent ce jeu de piste. Alex parle d’une énigme poétique, conçue pour que l’auditeur assemble lui-même les morceaux. Lors d’un concert au Mercury Lounge, un spectateur lui aurait assuré qu’il retrouverait Emilia sur ses réseaux sociaux. Réponse de l’artiste : bonne chance. Cette impossibilité donne au texte une force particulière. Emilia n’est plus seulement une personne potentielle, mais le nom de l’après. Après elle, quelque chose s’est déplacé. Après elle, la version précédente du monde ne fonctionne plus tout à fait.

Le clip pousse cette logique jusqu’au fantastique. Mêlant prises de vues réelles et narration assistée par intelligence artificielle, il organise une traversée transatlantique de Liverpool jusqu’à l’Upper West Side. Alex survole la terre, la mer et le ciel pour rejoindre un concert dans sa ville, croisant ses musiciens dans les profondeurs océaniques puis sous une voûte lunaire. Le dispositif pourrait n’être qu’un exercice visuel ; il devient une extension cohérente de la chanson, comme si retrouver Emilia exigeait désormais de quitter les lois ordinaires.

Figure persistante de l’underground new-yorkais, Alex Yacovelli porte ici des années de clubs, de garages, de production DIY et de rock vécu sans filet. Des scènes du Mercury Lounge, du Bitter End ou d’Arlene’s Grocery jusqu’à une apparition aux côtés de Weezer au Madison Square Garden, son parcours donne à « Since Emilia » une densité supplémentaire : celle d’un musicien qui ne ressuscite pas le rock’n’roll, mais continue simplement à le traiter comme une matière encore dangereuse.

YACOVELLI signe ainsi son morceau le plus accrocheur et le plus mystérieux à ce jour. « Since Emilia » commence avec un instrument minuscule supposément conçu pour les prisons et finit quelque part au-dessus de l’Atlantique, dans une tempête de guitares, de désir et de fiction.

Emilia demeure introuvable. Le morceau, lui, risque de poursuivre longtemps ceux qui l’auront entendu.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

Laisser un commentaire

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture