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Music Rock

Arn-Identified Flying Objects and Alien Friends ravive « The Hag »

Arn-Identified Flying Objects and Alien Friends ravive « The Hag »
  • Publishedjuin 25, 2026

« The Hag » exhume une tragédie suédoise du XIXe siècle pour la précipiter dans un folk-rock psychédélique où la mémoire d’une femme brûlée pour sorcellerie refuse enfin de rester silencieuse.

L’Histoire aime les coupables faciles.

Une femme trop seule, trop libre, trop savante ou simplement trop différente pouvait autrefois devenir la réponse commode à une récolte perdue, une maladie soudaine ou la peur collective d’un village. On la nommait sorcière, puis le feu se chargeait de faire disparaître la question avec la personne.

Sur « The Hag », Arn-Identified Flying Objects and Alien Friends revient à l’une de ces violences anciennes sans la placer sous verre. Le morceau s’appuie, dans sa partie centrale, sur un texte écrit en 1834 par l’écrivain et compositeur suédois Carl Jonas Love Almqvist. Arne Floryd n’en propose pas une traduction littérale, mais une interprétation fidèle à l’ossature du récit : celui d’une femme accusée de sorcellerie et conduite au bûcher.

Cette liberté d’adaptation permet à la chanson de quitter la seule reconstitution historique. La « vieille sorcière » du titre devient une figure plus vaste : celle que la communauté déforme avant de la condamner, celle dont on remplace l’identité par une étiquette suffisamment monstrueuse pour rendre sa destruction acceptable.

La musique participe pleinement à ce déplacement. Les racines folk suédoises ne sont pas traitées comme un folklore décoratif, mais comme une mémoire encore active. Elles rencontrent un indie rock psychédélique, des textures proches du shoegaze et une tension qui refuse la douceur attendue de la ballade traditionnelle.

La batterie d’Andreas Quincy Dahlbäck agit comme une force de rupture. Son jeu explosif donne au morceau une violence physique, presque celle d’une foule qui s’emballe ou d’un verdict devenu impossible à interrompre. La percussion ne se contente pas de soutenir le récit : elle matérialise l’accélération du danger.

Face à elle, les solos de Daniel Lagerlöf prennent de l’altitude. La guitare ne pleure pas docilement la victime ; elle fend l’espace, s’élève et semble chercher une sortie hors du cadre historique. Cette envolée peut évoquer l’âme que le bûcher ne parvient pas à contenir, mais aussi la colère tardive de ceux qui regardent aujourd’hui cette injustice avec la distance confortable des siècles.

Le choix de mêler une composition ancienne à des sections contemporaines crée un morceau à plusieurs temporalités. Le passé parle depuis le centre, tandis que l’arrangement actuel l’encadre, le perturbe et lui répond. « The Hag » devient ainsi une conversation entre Almqvist et Floryd, mais surtout entre une société qui fabriquait ses monstres et une époque moderne qui n’a peut-être pas totalement abandonné cette pratique.

Les bûchers ont disparu, pas le besoin de désigner des figures à exclure. La rumeur, l’humiliation publique et le jugement collectif ont simplement adopté d’autres outils. Le morceau gagne alors une résonance contemporaine sans avoir besoin de souligner lourdement le parallèle.

Ancien guitariste et chanteur de Redmoon, Arne Floryd développe sous ce nom volontairement démesuré un projet où power pop, folk, psychédélisme et americana se croisent sans nostalgie servile. Ses influences issues des années 1960 et 1970 nourrissent la couleur sonore, mais son écriture demeure attentive aux ambiguïtés du présent.

« The Hag » illustre parfaitement cette méthode. La chanson regarde vers un patrimoine musical et littéraire suédois, puis le rend instable au contact de guitares plus vastes, d’une batterie tempétueuse et d’une sensibilité rock qui refuse la révérence passive.

Le morceau ne cherche pas à innocenter son personnage par une démonstration. Il accomplit un geste plus important : lui rendre une présence. Derrière le terme déshumanisant de « hag » réapparaît une femme dont la peur des autres a effacé le nom, l’histoire et peut-être même la voix.

Arn-Identified Flying Objects and Alien Friends ne réécrit pas le verdict. « The Hag » intervient trop tard pour sauver celle qui brûle au cœur du récit.

Mais la chanson empêche au moins les flammes d’avoir entièrement raison d’elle.

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Written By
Extravafrench

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