« I’m Alive » réunit quatre morceaux façonnés pendant plus d’un an, où Consequential conjugue la fluidité du liquid drum and bass, la sensualité du R&B des années 1990 et les ombres du trip-hop sans céder aux automatismes du genre.
Le premier signe de vie n’est pas toujours un grand cri. Il peut s’agir d’un battement qui revient, d’une basse qui reprend sa course ou d’un corps qui retrouve suffisamment d’élan pour recommencer à sentir.
Consequential construit « I’m Alive » autour de cette remise en mouvement. Le producteur de Bury St Edmunds ne traite pas la drum and bass comme un concours de vitesse ou de virtuosité technique. Il l’utilise comme une matière souple, capable d’accueillir la chaleur du R&B, la brume du trip-hop et une mélancolie qui ne disparaît jamais complètement derrière les rythmes accélérés.
« Body Language » ouvre l’EP par ce qui précède souvent les mots. Un déplacement, une hésitation, une proximité qui devient soudain lisible : le corps communique longtemps avant que la conversation n’ose reconnaître ce qui se joue. Consequential donne à cette tension une pulsation fluide, dans laquelle les batteries rapides contrastent avec une atmosphère plus sensuelle.
Le morceau fait entendre la volonté d’accessibilité revendiquée par le producteur. Les codes du liquid funk restent présents, mais ils ne sont pas utilisés comme une démonstration réservée aux initiés. Le groove reste immédiat, presque tactile, tandis que les influences R&B adoucissent les contours sans affaiblir l’impulsion rythmique.
« Enjoy the Moment » réduit le programme à une consigne simple, particulièrement difficile à appliquer. Profiter de l’instant suppose de cesser un moment de calculer la suite, de comparer ce qui arrive à ce qui aurait dû arriver ou de chercher la prochaine stimulation. Le titre, le plus court de l’ensemble, possède justement cette légèreté fugitive.
La production y semble moins préoccupée par la destination que par la qualité du mouvement. Les boucles, les textures et la batterie créent une parenthèse qui ne réclame pas d’interprétation compliquée. Consequential rappelle que la profondeur d’un morceau ne dépend pas toujours de sa gravité : l’attention accordée à une sensation agréable peut constituer en elle-même une forme de résistance.
Le morceau-titre « I’m Alive » donne ensuite à l’EP son centre émotionnel. L’affirmation pourrait sembler triomphante. Elle conserve pourtant quelque chose de plus fragile, comme si prononcer ces mots revenait d’abord à vérifier leur réalité. Être vivant ne signifie pas seulement fonctionner ou avancer ; cela implique de retrouver le contact avec ses émotions, son environnement et ce désir de continuer malgré l’usure.
La longueur plus généreuse permet au morceau de respirer et de faire évoluer ses couches. Consequential y travaille le contraste entre nostalgie et modernité avec une précision particulière. Les souvenirs du liquid drum and bass de ses premières heures et du R&B des années 1990 apparaissent comme des couleurs affectives, jamais comme des reproductions figées.
Cette relation au passé constitue l’un des intérêts majeurs de l’EP. Le producteur ne prétend pas inventer chaque élément de son vocabulaire. Il cherche plutôt les espaces laissés libres entre des genres devenus familiers, là où un break rapide peut rencontrer une douceur soul ou une texture plus trouble héritée du trip-hop.
« Touch Down » referme le projet en ramenant le mouvement vers le sol. Après le langage du corps, la célébration de l’instant et l’affirmation vitale, l’atterrissage apparaît comme une conclusion logique. La course ne pouvait pas rester éternellement suspendue.
Mais toucher terre ne signifie pas perdre l’énergie acquise. Le morceau suggère davantage une arrivée maîtrisée, le moment où l’on mesure la distance parcourue après une longue phase de création. Chaque titre a été composé, dépouillé, repris puis affiné pendant plus d’un an. Cette méthode s’entend dans une production qui paraît fluide précisément parce qu’elle a été longuement travaillée.
Consequential se méfie des tendances suivies mécaniquement et des morceaux conçus comme des copies fonctionnelles. Sa réponse n’est pourtant pas une expérimentation volontairement hermétique. Il choisit une voie plus délicate : préserver la personnalité du liquid funk tout en rendant son émotion immédiatement perceptible à des auditeurs venus d’autres univers.
Le contexte de Bury St Edmunds ajoute une ironie intéressante à cette démarche. La ville possède une histoire musicale mouvementée, marquée notamment par le concert tumultueux de The Clash qui précéda une longue restriction des musiques contemporaines dans les bâtiments publics. Consequential y façonne aujourd’hui une musique électronique ouverte, loin des interdictions et des catégories trop rigides.
« I’m Alive » ne se présente pas comme une révolution tapageuse de la drum and bass. Sa singularité se trouve dans des choix plus subtils : ralentir l’émotion sans ralentir le tempo, faire entrer la nostalgie sans devenir rétro et rechercher la précision sans sacrifier la chaleur.
Quatre titres suffisent ainsi à faire entendre une ligne artistique cohérente. « Body Language » approche, « Enjoy the Moment » relâche la pression, « I’m Alive » reprend souffle et « Touch Down » retrouve le sol.
Consequential ne remplit pas seulement les espaces laissés vacants par d’autres producteurs. Sur « I’m Alive », il y installe un battement de cœur.
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