« Anuther Sunny Hulliday » a le charme d’un tube de vacances qui ne cherche pas à paraître cool : Mick J. Clark y préfère la joie simple, les jeux de mots, les enfants qui dansent et ce drôle de pincement au retour, quand l’avion ramène le soleil dans les souvenirs.
Mick J. Clark appartient à une espèce devenue presque suspecte dans la pop contemporaine : l’artiste qui assume la bonne humeur sans emballage cynique. Pas de pose glacée, pas de fausse profondeur de saison, pas de spleen en lunettes noires au bord d’une piscine design. « Anuther Sunny Hulliday » arrive avec son titre volontairement tordu, son accent dans l’orthographe, son envie de faire sourire, et cette façon très britannique de ne pas avoir peur du ridicule lorsqu’il sert la chanson.
Le “u” glissé dans “Anuther” et “Hulliday” dit beaucoup. Clark n’écrit pas le mot comme un dictionnaire l’exigerait ; il l’écrit comme il le chante. Ce détail pourrait sembler anecdotique, mais il donne au single son identité immédiate. On entend déjà la bouche qui arrondit les syllabes, le soleil un peu cartoon, la valise trop remplie, les enfants surexcités, les adultes qui prétendent râler mais qui comptent quand même les jours avant le départ. La chanson ne documente pas les vacances comme un carnet de voyage chic ; elle en attrape les “bullet points” émotionnels, selon l’expression même de son auteur : l’attente, le départ, l’arrivée, la chaleur, la piscine, l’amusement, puis le retour forcément trop tôt.
Ce qui rend l’exercice attachant, c’est l’absence totale de snobisme. Mick J. Clark ne cherche pas à intellectualiser la légèreté. Il la travaille sérieusement, ce qui n’est pas la même chose. Derrière la fantaisie, on sent un musicien qui écrit, chante, joue plusieurs instruments, connaît la mécanique d’un refrain accessible et sait qu’un morceau familial n’a pas le droit d’être mou sous prétexte qu’il veut plaire aux enfants. La production de Martin Smith, passé par l’univers de Jeff Lynne’s ELO, apporte justement ce vernis professionnel qui empêche le titre de devenir une simple blague de kermesse. Ça pétille, ça avance, ça garde une rondeur de pop artisanale bien tenue.
La fameuse “Parrot Dance” ajoute une couche de théâtre domestique au projet. Beaucoup d’artistes parlent d’élargir leur public ; Clark, lui, se déguise en perroquet pour donner aux enfants une porte d’entrée dans la chanson. On peut sourire, bien sûr. On doit même sourire. Mais il y a là une cohérence rare avec son catalogue, souvent tourné vers des chansons à fonction : messages anti-drogue, confiance en soi, climat, violence domestique, amour, persévérance, liens familiaux. Chez lui, la musique veut servir à quelque chose sans perdre son accessibilité. « Anuther Sunny Hulliday » sert simplement à célébrer une joie commune — et ce “simplement” vaut déjà beaucoup.
Le morceau trouve aussi son petit coup de malice dans le son de l’avion final. Clark explique que l’effet doit ramener l’auditeur à la maison, même si beaucoup y entendent des vagues contre les rochers. Ce malentendu sonore est presque parfait : l’avion et la mer se confondent, le retour garde un reste de plage, la fin des vacances refuse de couper net. La chanson continue de bruire après l’atterrissage.
« Anuther Sunny Hulliday » ne prétend pas réinventer la pop estivale. Elle choisit une voie plus rare : la franchise du plaisir. Dans un paysage musical obsédé par l’attitude, Mick J. Clark ose la chanson utile, solaire, familiale, un peu farfelue, absolument assumée.
On peut trouver ça trop joyeux, trop direct, trop perroquet.
Ou accepter, le temps d’un refrain, que la pop ait encore le droit de mettre de la crème solaire dans ses harmonies et des souvenirs d’aéroport dans ses dernières secondes.
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