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Music Rock

Petri Selin bâtit un héritage à la main sur « Verstas »

Petri Selin bâtit un héritage à la main sur « Verstas »
  • Publishedjuillet 27, 2026

« Petri Selin érige “Verstas” comme un atelier de mémoire, où les outils, la musique et les gestes d’un père disparu continuent de produire du sens longtemps après son départ. »

Une cave peut contenir bien davantage que des cartons, des machines ou quelques souvenirs rangés trop longtemps. Chez Petri Selin, elle devient le centre d’un monde. C’est là que son père travaillait seul, à la tête de sa propre entreprise de publicité, entouré d’objets, d’idées et de cette autonomie très concrète des hommes capables de fabriquer eux-mêmes ce dont ils ont besoin.

« Verstas » signifie précisément « atelier » en finnois. Le titre nomme donc un lieu réel, mais aussi une manière d’habiter l’existence : créer, réparer, entreprendre, transmettre. Petri Selin y rend hommage à un père dont le parcours semble avoir traversé plusieurs vies. Héros de la Seconde Guerre mondiale, contrebassiste dans des orchestres de danse durant les années 1940 et 1950, puis entrepreneur indépendant, cet homme réunissait sous un même nom la musique, le courage et le travail manuel.

La chanson ne réduit pourtant pas cette existence à une succession de titres honorifiques. Selin s’intéresse davantage à ce qu’il en reste dans la mémoire d’un fils : une silhouette occupée, une façon de résoudre les problèmes, le son d’un instrument, peut-être certaines habitudes observées sans comprendre encore qu’elles deviendraient un jour précieuses. « Verstas » paraît composé à partir de ces fragments accumulés pendant des décennies, attendant leur moment pour s’ordonner enfin en musique.

Cette maturation lente correspond parfaitement à la démarche de l’artiste helsinkien. Petri Selin construit ses chansons avec patience, à partir de mots, d’images et de souvenirs conservés jusqu’à ce qu’une forme juste se présente. Sa discographie demeure rare : après un premier single paru en 2018, il revient avec un deuxième titre qui donne le sentiment d’avoir été longuement porté avant d’être enregistré.

Cette rareté ne traduit pas une hésitation. Elle affirme plutôt une conception artisanale de la création. Selin écrit, compose, interprète et produit lui-même sa musique, tenant les maisons de disques à distance afin de préserver une liberté totale. Le parallèle avec son père devient alors saisissant. Tous deux travaillent dans leur propre atelier, chacun avec ses outils. L’un façonnait des projets dans une cave ; l’autre transforme aujourd’hui les souvenirs en chansons.

« Verstas » s’inscrit dans un folk-pop aux contours rock, soutenu par une formation complète qui donne à l’hommage une ampleur collective. Cette richesse instrumentale convient au portrait d’un homme aux multiples talents. La chanson n’a pas besoin d’une orchestration écrasante pour paraître importante. Elle gagne sa force dans la solidité de sa construction, dans l’équilibre entre l’émotion personnelle et la retenue.

Le choix du finnois est essentiel. Petri Selin chante exclusivement dans sa langue maternelle, celle des souvenirs familiaux et des mots probablement partagés avec son père. Cette fidélité linguistique donne au morceau une proximité impossible à simuler. Même pour un auditeur ne comprenant pas chaque phrase, la voix transmet la gravité, l’affection et la volonté de rendre justice à une histoire trop intime pour être traduite uniquement en concepts universels.

La musique de Selin croise les sensibilités du folk, de la pop et du rock, tout en restant ouverte à des influences plus contemporaines, notamment le rap. Sur « Verstas », cette diversité ne semble pas destinée à prouver une quelconque modernité. Elle reflète plutôt un artiste qui refuse de considérer la tradition comme une vitrine immobile. L’héritage peut rester vivant, donc changer de forme.

Le père célébré dans la chanson connaissait lui aussi cette circulation entre les mondes. Musicien de danse puis entrepreneur, il appartenait à une génération pour laquelle la création ne se séparait pas forcément du métier, de l’effort ou de la survie. Son atelier réunissait l’imagination et la matière. Son fils prolonge aujourd’hui cette logique dans un studio où les outils sont devenus instruments, logiciels et paroles.

L’œuvre prend ainsi la forme d’un monument sans pierre. Selin ne cherche pas à mythifier son père jusqu’à le rendre inaccessible. Il veut lui offrir la reconnaissance positive que sa vie mérite, en préservant ce qui la rendait concrète : ses compétences, son indépendance, sa curiosité et sa capacité à passer d’un rôle à l’autre.

La pochette elle-même puise dans cette histoire, confirmant que « Verstas » dépasse le cadre d’un simple single. Le projet visuel et musical reconstruit symboliquement la cave paternelle, non pour la figer, mais pour y inviter l’auditeur. Chaque élément devient une pièce du même geste commémoratif.

Le morceau pose aussi une question plus large : que transmet réellement un parent ? Pas seulement un nom ou quelques objets. Parfois une méthode, un rapport au travail, une exigence intérieure que l’on reconnaît tardivement dans sa propre manière de créer. En contrôlant chaque étape de sa musique, Petri Selin semble reproduire sans l’imiter l’indépendance de celui auquel il rend hommage.

« Verstas » touche précisément parce qu’il ne cherche pas à rendre le deuil spectaculaire. Il préfère la continuité. Le père n’est plus là, mais son atelier subsiste dans l’imaginaire du fils, et sa philosophie trouve une nouvelle activité à travers cette chanson.

Petri Selin n’ouvre pas la porte de la cave pour organiser une visite nostalgique. Il rallume simplement l’établi, reprend les outils et poursuit le travail.

 

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Written By
Extravafrench

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