« Israell relance “Dice Are Rolling…” comme on remet une pièce sur la table : avec de nouvelles voix, davantage de relief et la conviction que le jeu peut encore être retourné contre ceux qui le croyaient déjà gagné. »
Les dés roulent, mais Israell ne les regarde pas tomber en spectateur. Son nouveau radio remix reprend une chanson initialement enregistrée en 2020 pour la conduire vers une forme plus ample, plus précise et plus immédiatement mélodique. « Dice Are Rolling… » ne parle pas d’abandon au hasard. Le morceau transforme plutôt l’incertitude en terrain stratégique : comprendre les règles, résister assez longtemps, puis trouver le geste capable de modifier l’issue.
Installé à Montréal, l’artiste cultive depuis plusieurs années une identité sonore difficile à réduire à une seule catégorie. Rock’n’roll, country-rock, sensibilités héritées des années 1980 et production contemporaine s’y croisent sans être uniformisés. Cette résistance au classement ne relève pas d’un simple argument promotionnel. Elle appartient au sujet même de la chanson : continuer son ascension sans se laisser modeler par les attentes du marché, les formats dominants ou les logiques de playlists.
Le radio remix est né d’une insatisfaction féconde. Israell percevait dans la version d’origine un potentiel encore partiellement retenu. Plutôt que de la considérer comme définitivement achevée, l’artiste a choisi de rouvrir le morceau, d’ajouter de nouveaux instruments et de reconstruire entièrement son approche vocale. Le résultat ne ressemble donc pas à une réduction destinée aux radios, mais à une seconde interprétation de l’idée initiale.
Ce travail s’est étendu sur plusieurs années, avec de nouvelles sessions menées entre 2025 et 2026. La production vocale à elle seule a nécessité près d’un an. Pedro « PG » Lomba a longuement étudié la voix avant de proposer que la partie principale soit réenregistrée dans une tonalité plus élevée. Cette décision modifie naturellement l’énergie du titre : la ligne vocale gagne en tension, en projection et en sentiment d’urgence.
L’architecture des voix constitue désormais l’un des éléments les plus élaborés du morceau. Israell décrit une répartition presque dramaturgique des registres : le chant principal adopte une sensibilité pop, les harmonies graves apportent une couleur rock, les chœurs latéraux tirent vers la country, tandis que les ad-libs introduisent une profondeur plus soul. Chaque strate remplit une fonction précise sans effacer la personnalité des autres.
Deux choristes occupent les côtés gauche et droit du mix, créant une sensation d’espace autour de la voix centrale. Pedro Lomba rejoint également Israell dans les ad-libs. L’auditeur n’entend plus une simple ligne mélodique accompagnée de renforts, mais plusieurs attitudes vocales qui se répondent : assurance, ombre, encouragement et débordement émotionnel.
Cette pluralité sert parfaitement le récit de « Dice Are Rolling… ». La résilience n’y apparaît pas comme une posture solitaire et monolithique. Elle se compose de plusieurs voix intérieures, parfois contradictoires, qui finissent par avancer dans la même direction. Il faut une part de confiance, une part d’instinct, un peu de colère et probablement une dose d’obstination pour « outplay the game ».
L’idée d’ascension occupe d’ailleurs une place centrale. Israell ne présente pas la réussite comme une récompense distribuée naturellement aux plus méritants. Le jeu est biaisé, les probabilités incertaines et les portes rarement ouvertes au bon moment. Le morceau affirme néanmoins qu’il reste possible de déjouer les attentes, non par naïveté, mais par persistance et lucidité.
Cette vision trouve un écho direct dans le parcours de l’artiste. Israell revendique la difficulté de trouver des morceaux suffisamment proches du sien pour intégrer certaines playlists sans forcer une ressemblance artificielle. Là où les plateformes exigent parfois un alignement presque parfait avec les références déjà présentes, l’artiste défend la nécessité de conserver une signature propre.
Cette prise de position donne au remix une portée supplémentaire. « Dice Are Rolling… » devient aussi une chanson sur la survie artistique dans un environnement qui valorise fréquemment la familiarité plus que l’originalité. À quoi servirait d’obtenir une place sur une playlist si, pour y entrer, il fallait effacer tout ce qui rend la chanson reconnaissable ?
Israell accepte les retours et les collaborations, mais refuse la dilution. Cette nuance se retrouve dans l’équipe réunie autour du titre. Nik Liubenchuk participe à la composition et à la coproduction instrumentale, tandis que Connor Robinson apporte la batterie à cette nouvelle version. Le mix est confié à Blake Eiseman, ingénieur nommé aux Grammy Awards, avec qui Israell travaille depuis plusieurs années.
Le mastering a été réalisé par Thomas Cassell chez Sage Audio, puis affiné par Martin Bennett, également responsable de l’enregistrement des nouvelles voix au Studio Loco de Montréal. Ce réseau de collaborateurs ne retire rien au caractère personnel du morceau. Il témoigne plutôt d’une volonté de pousser chaque élément vers sa forme la plus convaincante tout en préservant la direction de départ.
La batterie de Connor Robinson renforce la dimension physique du remix. Elle donne davantage de poids au mouvement et contribue à faire de la chanson un morceau d’avancée plutôt que de contemplation. Les dés roulent, mais la section rythmique refuse l’immobilité. Elle impose une marche, presque une stratégie corporelle contre l’incertitude.
La guitare de Nik Liubenchuk apporte quant à elle le lien entre les racines rock du morceau et sa dimension plus ouverte. L’influence country n’apparaît pas comme un costume posé sur la production. Elle se glisse dans certaines couleurs harmoniques, dans les chœurs et dans la manière de traiter le récit de persévérance avec une franchise presque narrative.
Le parfum des années 1980 se manifeste dans la grandeur mélodique, le goût des couches vocales et une certaine confiance dans la puissance du refrain. Israell ne copie pourtant pas la production de cette décennie. Le morceau utilise ses élans, puis les replace dans un mix contemporain plus dense et mieux équilibré.
La version radio ne sacrifie donc pas la singularité au bénéfice de l’accessibilité. Elle travaille plutôt la lisibilité. Les éléments sont mieux hiérarchisés, les voix plus expressives et la trajectoire plus évidente, sans que le croisement entre rock, pop, country et soul soit simplifié.
Le titre conserve aussi ses points de suspension. « Dice Are Rolling… » ne ferme pas la phrase, comme si le résultat ne pouvait pas encore être annoncé. Ce détail convient parfaitement à une chanson consacrée à la lutte en cours. Rien n’est garanti, mais rien n’est terminé non plus.
Israell ne prétend pas maîtriser le hasard. L’artiste cherche quelque chose de plus crédible : devenir suffisamment solide pour que le prochain lancer ne décide plus entièrement de sa valeur.
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