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THROES NYC invente l’« altriphop » dans les ombres de Queens

THROES NYC invente l’« altriphop » dans les ombres de Queens
  • Publishedjuillet 30, 2026

« THROES NYC fait remonter le New York des clubs disparus dans une musique qui ne regarde pourtant jamais en arrière : trip-hop fiévreux, pop alternative et pulsations nocturnes réunis sous un même nom, l’altriphop. »

Certaines collaborations commencent par une rencontre en studio, un message envoyé au bon moment ou une recommandation algorithmique. Celle de Michael Bozzo et Courtney Leo précède tout cela. Originaires du Queens, les deux membres de THROES NYC font de la musique ensemble depuis l’enfance. Leur complicité ne repose donc pas seulement sur des goûts communs ou une stratégie artistique : elle appartient à une mémoire partagée, forgée bien avant que leur projet trouve son nom.

À l’adolescence, leur éducation musicale se poursuit dans les salles new-yorkaises. CBGB, Roseland Ballroom, Irving Plaza : autant de lieux où la musique ne se consommait pas encore comme une suite de fragments interchangeables. On y venait pour l’énergie d’un groupe, pour la tension d’une salle et pour cette possibilité qu’un concert modifie durablement la manière d’écouter.

THROES NYC conserve quelque chose de cette intensité physique. Même lorsque ses productions privilégient l’atmosphère, elles ne semblent jamais décoratives. Le duo travaille une obscurité vivante, traversée par des basses, des textures électroniques et des mouvements suffisamment organiques pour rappeler que la musique est née de corps placés dans une pièce, pas seulement de pistes empilées sur un écran.

Michael Bozzo occupe le rôle de multi-instrumentiste et de producteur, tandis que Courtney Leo porte la voix. Cette répartition pourrait évoquer le schéma classique du producteur caché derrière la console et de l’interprète placée au premier plan. Chez THROES NYC, la relation paraît plus fusionnelle. La production ne sert pas simplement d’accompagnement au chant, et la voix ne se contente pas de raconter au-dessus d’un décor sonore. Les deux éléments se contaminent.

Le duo nomme sa musique « altriphop », contraction intuitive d’alternative et de trip-hop. Le terme ne cherche pas tant à créer une nouvelle case qu’à reconnaître l’insuffisance des anciennes. Le trip-hop apporte ses tempos ralentis, son goût des ombres et cette sensualité légèrement inquiétante qui transforme chaque respiration en événement. La pop alternative fournit des mélodies capables de rester en mémoire. L’indie contemporain autorise quant à lui une production plus instable, moins soucieuse de respecter les séparations traditionnelles.

Le résultat se situe entre familiarité et étrangeté. Certaines textures semblent provenir d’une époque connue : celle des années 1990 et 2000, des nuits urbaines filmées sur pellicule, des batteries lourdes et des voix enregistrées comme des présences secrètes. Pourtant, THROES NYC ne fabrique pas une reconstitution nostalgique. Le duo utilise cette mémoire comme une matière première qu’il compresse, déforme et confronte aux outils actuels.

Cette différence compte. La nostalgie musicale peut rapidement devenir un refuge, un moyen de rejouer un passé idéalisé sans lui adresser la moindre question. Chez Bozzo et Leo, elle agit plutôt comme une tension. Leur musique reconnaît l’influence d’un New York culturel qui a perdu certains de ses lieux emblématiques, mais elle refuse de se comporter comme si tout était déjà terminé.

Le nom THROES évoque d’ailleurs une douleur aiguë, un bouleversement, les derniers soubresauts d’un état sur le point de basculer vers un autre. Il convient parfaitement à une musique présentée comme sombre, cinématographique et émotionnellement chargée. Rien n’y paraît complètement apaisé. Même la beauté semble traversée par une inquiétude, comme si chaque mélodie devait se frayer un chemin au milieu de pensées plus lourdes.

La voix de Courtney Leo pourrait devenir le point de contact le plus immédiat de cet univers. Dans une esthétique aussi atmosphérique, le chant possède plusieurs fonctions possibles : récit, confession, texture ou apparition. Il peut attirer l’auditeur vers le centre de la chanson tout en conservant une part de distance. Cette ambiguïté rejoint l’héritage du trip-hop, où les voix les plus intimes semblent souvent appartenir à quelqu’un que l’on ne pourra jamais tout à fait rejoindre.

Michael Bozzo organise autour d’elle un monde qui privilégie l’impression autant que la structure. La production dite « driven entirely by vibe » ne signifie pas l’absence de construction. Elle suppose plutôt que chaque décision technique soit soumise à une sensation précise. Un son n’est pas conservé parce qu’il est impressionnant isolément, mais parce qu’il modifie la température du morceau.

Cette approche cinématographique permet à THROES NYC de fabriquer des chansons qui ressemblent à des scènes. La ville peut y apparaître sans être explicitement nommée : dans une pulsation lointaine, une réverbération métallique, une basse qui rappelle la circulation nocturne ou le silence particulier d’une rame presque vide. New York n’est pas un slogan collé à leur identité. Il fournit une manière de penser le rythme et la tension.

Le Queens joue également un rôle symbolique important. Borough façonné par les circulations culturelles, les voisinages et les identités multiples, il offre un point de départ plus complexe que le simple fantasme de Manhattan. Bozzo et Leo en portent probablement l’énergie composite : une musique qui refuse la pureté et préfère laisser plusieurs influences partager le même espace.

Leur longue histoire commune pourrait devenir l’un des principaux atouts du projet. Faire de la musique avec quelqu’un que l’on connaît depuis l’enfance implique un vocabulaire souterrain, constitué de références, de silences et d’intuitions qui n’ont plus toujours besoin d’être expliqués. Une telle proximité permet d’aller plus vite, mais aussi de prendre davantage de risques. Il devient possible de proposer une idée étrange sans devoir d’abord défendre sa légitimité.

THROES NYC se présente ainsi comme un projet neuf porté par une relation ancienne. Cette contradiction donne à son esthétique une profondeur particulière. Le duo ne cherche pas sa complicité ; il cherche la meilleure manière de la traduire dans le présent.

L’« altriphop » pourrait alors désigner moins un genre précisément codifié qu’une méthode : partir du trip-hop, traverser la pop, conserver la rugosité du rock alternatif et laisser la production contemporaine brouiller les frontières. Une musique suffisamment mélodique pour accueillir, mais assez singulière pour interrompre l’écoute passive.

À force d’être présenté comme un territoire de nouveauté permanente, New York risque parfois de devenir son propre cliché. THROES NYC évite ce piège en ne revendiquant pas la ville comme une preuve automatique de crédibilité. Michael Bozzo et Courtney Leo en gardent plutôt les cicatrices sonores, la vitesse, les salles disparues et le sentiment qu’un monde peut s’effondrer sans que la création s’arrête.

Le passé leur a fourni le bruit. Leur projet cherche maintenant la forme que ce bruit doit prendre pour appartenir à demain.

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Written By
Extravafrench

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