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Last Night Watchman regarde le temps passer autrement sur « Old Blighty »

Last Night Watchman regarde le temps passer autrement sur « Old Blighty »
  • Publishedseptembre 10, 2026

« “Old Blighty” ressemble à un carnet de pensées ouvert après des années de silence : Last Night Watchman y parle de pouvoir colonial, de traces fossilisées, d’un vieux Reader’s Digest, de perte et de vieillissement avec cette liberté particulière de ceux qui n’ont plus besoin de courir après le studio ni après leur propre passé. »

Le détail le plus important de cet EP n’est peut-être pas musical.

C’est le fait que Last Night Watchman ait enfin son propre studio.

Pendant longtemps, écrire voulait aussi dire surveiller l’horloge, payer des heures de location et faire des choix avant que l’argent ne disparaisse. Aujourd’hui, ce cadre a changé. Le songwriter anglais peut revenir sur une idée, la laisser reposer, la reprendre des semaines plus tard. Pour quelqu’un qui a accumulé des chansons pendant des années sans toujours pouvoir les enregistrer, cette autonomie modifie profondément la manière de travailler.

Elle donne surtout à « Old Blighty » une temporalité très particulière.

Le projet arrive après une longue histoire musicale. Last Night Watchman a autrefois joué de la guitare au sein de The Noseflutes, groupe indie de Birmingham avec lequel il a enregistré plusieurs sessions pour la BBC et publié différents EP et albums. Il retrouve aujourd’hui ponctuellement son ancien compagnon de route John Horton, alias Sven Vortex, mais le projet reste essentiellement solitaire.

Ce retour à l’enregistrement ne ressemble pourtant pas à une tentative de rejouer les années passées.

« Old Blighty », morceau qui donne son nom à l’EP, s’attaque à la question du pouvoir colonial britannique. Le choix est déjà assez atypique pour un songwriter indie-rock : il ne cherche pas un sujet immédiatement intime ou consensuel, mais un angle historique et politique plus lourd, capable de faire résonner le passé dans le présent. Le morceau situe immédiatement le disque loin de la nostalgie confortable.

« Footprints » part d’une image totalement différente : des empreintes fossilisées dans le lit d’une rivière.

Ce qui pourrait sembler minuscule prend un autre poids lorsqu’on le replace dans la réflexion générale de l’auteur sur le temps. Une trace subsiste alors que celui qui l’a laissée a disparu depuis longtemps. Last Night Watchman n’a pas besoin d’en faire une métaphore trop explicite : le sujet contient déjà suffisamment de vertige.

« Get The Best Out Of Life » est peut-être l’idée la plus singulière du lot.

La chanson prend pour point de départ un Reader’s Digest datant des années 1950. Un objet presque banal, domestique, un peu désuet, devient matière à composition. C’est précisément ce genre de détail qui distingue l’écriture de Last Night Watchman : au lieu de partir systématiquement d’un sentiment puis de chercher une image pour l’illustrer, il semble parfois faire l’inverse. Il tombe sur un objet, une trace, un fragment du passé, puis attend de voir ce que celui-ci ouvre.

« Fool’s Prayer » et « Towards The Sun » prolongent l’EP sans que leur sujet soit ici détaillé. Mieux vaut donc ne pas leur imposer un récit précis. Leur présence compte cependant dans l’équilibre général d’un disque où l’introspection, la mémoire et l’observation du monde semblent constamment se croiser.

La vieillesse occupe une place importante dans cette nouvelle phase d’écriture.

Last Night Watchman évoque la disparition d’amis proches et de membres de sa famille, ainsi que la manière dont ces pertes modifient la perception du temps. Ce n’est pas une posture mélancolique plaquée sur les chansons : c’est une transformation de perspective. Lorsque l’avenir cesse de paraître infini, les objets anciens, les souvenirs et les traces laissées par les autres ne signifient plus exactement la même chose.

L’écriture devient alors moins démonstrative, peut-être plus attentive.

Le folk rock, l’art rock et l’indie fournissent à « Old Blighty » un cadre suffisamment souple pour accueillir ces sujets très différents sans forcer leur unité. Ce qui relie les morceaux n’est pas une couleur sonore imposée ni un concept rigide, mais une manière de regarder : prendre quelque chose que d’autres laisseraient passer, s’y arrêter, puis creuser.

Après toutes ces années, Last Night Watchman ne semble finalement pas avoir besoin de beaucoup plus qu’un petit studio, du temps devant lui et une raison suffisamment étrange pour écrire une nouvelle chanson.

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https://open.spotify.com/playlist/25TXrQJPFNJQP09iFhHd08

Written By
Extravafrench

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