KOJ ne fait pas de la musique pour décorer le chaos, mais pour le regarder en face. Depuis Liverpool, il avance comme une voix ouvrière du Nord de l’Angleterre, nourrie par le grime londonien, l’esprit punk, les tensions politiques et cette envie presque vitale de rappeler aux gens qu’ils ont du poids, une place, une puissance.
Avec « PUNK PANTHER », il imagine la collision entre les punks britanniques des années 80 et les Black Panthers des années 60 : un manifeste rap, grime et punk, brut mais fédérateur, pensé pour réveiller les corps autant que les consciences. Dans cette interview « Première fois », KOJ revient sur Gang Starr, OutKast, ses débuts à Liverpool, les scènes grime qui l’ont formé, les messages de fans qui bouclent la boucle, et cette conviction simple : ne jamais se réduire pour être accepté.
La première chanson qui t’a touché ?
« Moment of Truth » de Gang Starr. J’avais environ sept ans quand je l’ai entendue pour la première fois dans un jeu de BMX, et c’est là que j’ai commencé à comprendre que la musique pouvait déverrouiller des émotions en toi. Elle m’a fait ressentir quelque chose que je n’avais jamais ressenti avant.
Le premier artiste dont tu as été fan ?
Quand j’étais petit, je me souviens avoir été fan d’OutKast. « Stankonia » était un CD que ma mère avait, avec quelques autres disques essentiels qui m’ont complètement captivé enfant. Même quand ma mère était encore en vie, j’ai des souvenirs de moi en train de chanter « Hey Ya ». Je ne devais pas avoir plus de quatre ans.
La première chanson que tu as écrite ?
La première vraie chanson que j’ai construite s’appelait « Together », et elle est encore sur SoundCloud aujourd’hui. C’est un morceau sur les émotions que je ressentais à ce moment-là de mon parcours, presque comme une première version de mes titres « Blue Notes », qui sont des morceaux que je fais de temps en temps et qui plongent vraiment dans mes émotions à un moment précis de mon évolution.
« Together » était inspirée de la version de Youngs Teflon de ce morceau. Beaucoup de rappeurs britanniques ont samplé cet instrumental iconique de Ruff Sqwad.
Le premier concert auquel tu as assisté ?
Je suis allé voir Novelist au 24 Kitchen Street, à Liverpool, lors d’une soirée organisée par Butterz. Sir Spyro mixait pour Novelist, et Elijah & Skilliam étaient en tête d’affiche si je me souviens bien. C’était une soirée épique, qui a vraiment façonné ma manière de percevoir le live, avec cette idée de dynamisme et d’improvisation. La performance de Novelist ce soir-là était spéciale.
La première scène live que tu as faite ?
Grime of The Earth, encore une fois au 24 Kitchen Street, qui est selon moi un lieu essentiel de la nouvelle scène musicale progressive de Liverpool. C’était une soirée grime organisée par la légende underground RugzFAM. Je devais avoir seulement seize ans, et c’était le dojo parfait pour commencer à affûter mes compétences si tôt dans ma carrière.
La première fois où tu t’es dit : « OK, je suis artiste » — c’était où, avec qui, et qu’est-ce qui t’a traversé ?
Je dirais que ça remonte au moment où j’ai rappé mes premiers textes devant les gars de l’école. Quand j’ai vu qu’ils avaient du mal à croire que c’était moi qui avais écrit mes paroles, j’ai compris qu’il y avait peut-être une chance que je poursuive une carrière d’artiste.
Je me souviens très bien de la première fois où c’est arrivé. Je savais que j’avais quelque chose. Mais honnêtement, au début, je ne pensais pas vraiment à une “carrière” en tant que telle. Je voulais surtout être respecté et admiré par les artistes que je considérais comme les meilleurs à ce moment-là.
La première opportunité musicale qui a changé ta vie d’artiste ?
Faire partie du programme « Launchpad » de la LIMF Academy m’a apporté des choses que je n’aurais jamais imaginées. Concrètement, il y a eu des sessions de mentorat individuel avec un coach professionnel, la possibilité d’assister à des réunions de playlist de BBC 1Xtra, et un financement pour m’aider à donner vie à mon projet.
Mais intérieurement, le plus important a été de voir des professionnels de l’industrie comprendre ma vision et y croire autant que moi. Cette expérience m’a propulsé à un tout autre niveau.
Ta première déception musicale ?
C’est difficile quand tu n’as pas le public que tu espérais à un événement où tu joues, et c’est facile de comparer tes chiffres à ceux d’artistes de ton niveau et de te décourager.
Mais je vois chaque obstacle comme une occasion d’évoluer. Je préfère rater 20 tirs sur 20 plutôt que 5 tirs sur 5. Ralentir ne fait pas partie du plan.
Le premier moment en studio qui t’a retourné ?
Lors de ma première session avec Tee, quand on a fait « Villain With A Conscience ». J’avais seulement rêvé de faire des morceaux avec ce niveau de structure et de montée en intensité.
Comprendre où devait être le refrain, comment construire le pont, comment repartir après le breakdown… C’était une expérience incroyable. J’avais l’impression de vivre un rêve que j’avais depuis l’école.
Le premier message d’un fan qui t’a vraiment touché — qu’est-ce qu’il disait ?
Assez souvent, je reçois des messages de gens qui me disent que je les ai inspirés à prendre leur passion plus au sérieux et à être davantage eux-mêmes. C’est mon type de message préféré, parce que moi aussi, quelqu’un m’a inspiré un jour à changer ma manière de voir les choses et à me bouger. C’est un moment de boucle bouclée.
La première collaboration qui t’a bousculé — qu’est-ce que ça a changé dans ta musique ?
Est-ce que l’autocritique compte ? Quand j’avais dix-huit ans, je gravitais beaucoup autour du circuit grime londonien. J’ai fait un set sur Mode FM, où Jammz m’avait invité. Il y avait lui et Hitman Tiga.
Donc me voilà à la fameuse Mode FM avec deux légendes, en pensant que j’étais au sommet. Mais quand le micro a tourné deux fois, j’ai réalisé que je n’avais pas le même niveau de quantité ni de qualité que ces deux grands MCs. Je suis rentré chez moi et je n’ai pas arrêté d’écrire jusqu’à être capable de tuer un set solo de quarante minutes avec des phases et des flows que les gens n’auraient jamais imaginés.
La première fois où tu as annulé quelque chose pour protéger ta santé mentale ?
J’essaie d’éviter d’annuler quoi que ce soit quand j’ai donné mon accord, parce qu’on m’a appris à ne jamais abandonner. Cela dit, je me souviens avoir été booké sur un festival où le promoteur ne gérait pas les choses correctement avec moi.
J’avais mon propre DJ, et ils refusaient de lui donner une accréditation parce qu’ils avaient un DJ maison qu’ils voulaient que j’utilise, etc. J’ai annulé la performance par principe. Si je ne peux pas faire les choses d’une manière alignée avec ma vision, ce n’est pas une opportunité pour moi.
Le premier cachet que tu as dépensé “stupidement”, mais de manière iconique ?
Tous mes cachets, honnêtement… Je suis faible face aux vêtements, aux bijoux, aux tatouages, aux nouvelles pièces pour mon PC, tout ça.
La première grosse somme que j’ai gagnée, je l’ai dépensée dans un vélo électrique et un matelas super king spécialisé. Dans un esprit “work hard, play hard”.

