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Matry refuse de choisir son rap sur quatre nouveaux titres

Matry refuse de choisir son rap sur quatre nouveaux titres
  • Publishedaoût 9, 2026

« De “Lovely” à “Heaven”, de “Speeding” à “London Boy”, Matry rappelle qu’un rappeur peut changer de décor sans perdre son accent, son histoire ni sa manière de tenir le micro. »

Le rap de Matry n’a jamais vraiment appris à rester assis.

Son parcours l’explique assez bien. Originaire de Shepherd’s Bush, à l’ouest de Londres, il commence au sein du collectif Urban Gothic en rappant sur des productions house et garage, avant de former Firm Fusion et de déplacer progressivement son écriture vers le hip-hop et la trap. Là où d’autres auraient peut-être choisi une esthétique définitive en lançant leur carrière solo, Matry semble avoir conservé cette première habitude : changer de terrain dès que le morceau le réclame.

Quatre titres permettent aujourd’hui de mesurer l’amplitude.

« Lovely » est probablement le plus classique du lot, et ce n’est absolument pas péjoratif. Aux côtés d’Ezra The God, Matry revient vers un boom bap chaleureux, presque confortable dans son rapport à la tradition hip-hop. La production laisse de la place au flow, le groove respire, et les parties vocales apportent une douceur soul qui évite au morceau de se réduire à un exercice rétro. Le plaisir vient justement de cette absence de cynisme : « Lovely » assume le goût d’un rap où une boucle, une voix et une bonne présence suffisent encore à construire une atmosphère.

« Heaven » change radicalement la température.

Cette fois, le rap britannique se rapproche de la drill et d’une matière beaucoup plus flottante, plus sombre, expérimentale. La présence de l’anglais et du mandarin accentue cette impression de déplacement culturel. Le morceau paraît moins attaché aux fondations classiques du hip-hop et davantage intéressé par ce qui peut arriver lorsque le flow évolue dans un environnement plus abstrait. L’énergie ne disparaît pas : elle se concentre. « Heaven » montre surtout que Matry sait ralentir son impact sans devenir inoffensif.

Puis vient « Speeding », et l’histoire personnelle de l’artiste boucle presque naturellement sur elle-même.

Le morceau renvoie directement à cette culture garage sur laquelle Matry avait commencé à MC. Sa relecture par Blakk Habit pousse encore davantage cette filiation avec un remix UK garage qui replace sa voix dans un environnement électronique, mobile, beaucoup plus orienté vers la vitesse et le rebond. Le rap n’est plus posé au-dessus de la musique : il doit apprendre à négocier avec elle.

C’est probablement le titre qui révèle le mieux pourquoi Matry peut passer d’un univers à l’autre sans que le geste paraisse opportuniste.

Il y était avant.

La house et le garage ne constituent pas chez lui une excursion destinée à suivre une tendance actuelle ; ils appartiennent à ses premières années de MC. « Speeding » possède donc une forme de retour aux sources, mais sans nostalgie.

« London Boy », enfin, ouvre complètement les fenêtres.

Avec Steelo 182, Matry rapproche UK hip-hop, pop rap et inspirations afrobeats pour un titre beaucoup plus solaire. Après l’épaisseur de « Heaven » ou la précision boom bap de « Lovely », cette légèreté pourrait surprendre. Elle fonctionne justement parce que Matry ne modifie pas totalement son identité pour l’obtenir.

Son phrasé reste londonien. Sa présence reste rap.

C’est la production qui change le climat.

« London Boy » porte d’ailleurs son identité géographique directement dans son titre. Le Londres de Matry n’est pas décrit comme un territoire uniforme : Shepherd’s Bush est lui-même fait de circulations, d’histoires migratoires et de musiques qui se croisent. Voir le rappeur passer vers des textures afro-pop ne paraît donc pas très éloigné de cette réalité culturelle.

Pris séparément, les quatre morceaux pourraient presque appartenir à quatre artistes différents.

Pris ensemble, ils racontent exactement l’inverse.

Ils dessinent un musicien dont la cohérence ne se situe pas dans un type de batterie, une vitesse ou une esthétique particulière. Elle réside dans le rap lui-même, utilisé comme une sorte de passeport.

Boom bap sur « Lovely ». Drill trouble et plus expérimentale sur « Heaven ». Mémoire UK garage sur « Speeding ». Ouverture afrobeats et pop sur « London Boy ». Matry ne semble pas considérer ces bifurcations comme des contradictions. Et après plusieurs années de parcours indépendant, ce refus de se spécialiser devient peut-être son meilleur argument.

À une époque où l’on demande souvent aux artistes de rendre leur identité immédiatement identifiable en quelques secondes, Matry prend le risque inverse.

Quatre morceaux, quatre climats.

Et toujours le même London Boy au milieu.

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Written By
Extravafrench

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