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DONELLI A.I. ENSEMBLE dérègle le climat avec « Previsioni del tempo incerto »

DONELLI A.I. ENSEMBLE dérègle le climat avec « Previsioni del tempo incerto »
  • Publishedaoût 13, 2026

« DONELLI A.I. ENSEMBLE fait de “Previsioni del tempo incerto” une cartographie mouvante de notre époque, où jazz, prog, world music et traitement algorithmique se croisent sous un ciel devenu impossible à prévoir.»

Dix-huit morceaux pour un monde qui change trop vite

Le titre a quelque chose de météorologique, évidemment. Mais chez Massimo Donelli, la météo sert surtout d’alibi pour parler d’autre chose : de notre difficulté croissante à anticiper ce qui arrive.

« Previsioni del tempo incerto » regarde une époque faite de ruptures soudaines, de bouleversements politiques, écologiques, technologiques et sociaux dont la vitesse finit par rendre toute projection fragile. Le climat se dérègle ; le présent aussi. Le dossier de présentation insiste précisément sur ce parallèle entre événements météorologiques extrêmes et mutations contemporaines, certaines chansons allant également chercher dans le passé des événements qui résonnent étrangement avec aujourd’hui.

Après une vie consacrée au journalisme, Massimo Donelli se tourne désormais pleinement vers la musique. Ce détail biographique éclaire assez naturellement le projet. Les dix-huit pistes ressemblent moins à une succession de chansons qu’à une série d’observations, presque des chroniques sans papier, traversant jazz, progressif, world music, funk, dub ou paysages plus cinématographiques.

L’intelligence artificielle intervient dans le processus, mais pas selon le scénario facile de la machine laissée seule aux commandes. Les compositions viennent de Donelli, jouées ou chantées avant d’être retravaillées avec des applications d’IA afin d’explorer de nouveaux arrangements et de nouvelles textures, le tout restant piloté via des DAW et des workstations.

« Previsioni del tempo incerto »

Le morceau-titre sert naturellement de bulletin d’ouverture.

« Previsioni del tempo incerto » installe l’idée centrale : prévoir est devenu un exercice presque absurde. Le mot « incerto » possède ici plus d’importance que la météo elle-même. Incertain est le ciel, mais aussi l’avenir politique, économique, technologique, humain.

Cette ouverture agit comme un cadre conceptuel. Elle invite moins à chercher une histoire précise qu’à regarder les dix-sept morceaux suivants comme différents relevés atmosphériques d’un monde en tension.

« Cobalto »

Le cobalt évoque immédiatement la couleur, le minerai, quelque chose de métallique et de profond.

Dans le contexte de l’album, « Cobalto » peut être entendu comme un changement de matière. Après l’incertitude du ciel, Donelli fait apparaître un élément terrestre, dense, presque industriel. Le titre ouvre une zone plus froide, où nature et technologie semblent déjà commencer à se confondre.

Sa présence aussi tôt dans la séquence contribue à cette impression que l’album navigue constamment entre environnement et civilisation.

« Borea »

Borée, le vent du nord.

Le nom suffit à faire entrer le déplacement et l’instabilité dans le disque. « Borea » semble prolonger littéralement le thème météorologique, mais le vent possède aussi une vieille fonction symbolique : il annonce les changements, déplace ce qui semblait fixé, impose sa direction aux choses qui lui résistent.

Avec ses plus de six minutes, la pièce dispose d’un espace important au sein de l’album. Elle devient l’un de ces premiers moments où « Previsioni del tempo incerto » commence à prendre l’allure d’un voyage plutôt que d’une simple collection.

« Capo Giuseppe »

« Capo Giuseppe » resserre soudainement la focale.

Le titre donne l’impression de quitter les forces abstraites pour rencontrer une figure, un personnage ou un lieu associé à un personnage. Le dossier ne fournit pas davantage de contexte et mieux vaut ne pas inventer celui qui manque. Ce qui est certain, en revanche, c’est que ce changement d’échelle évite à l’album de rester uniquement dans la grande métaphore climatique.

Après le ciel, le métal et le vent, quelqu’un apparaît.

« Villistas »

Avec « Villistas », le passé semble entrer plus franchement dans le champ.

Le mot renvoie spontanément à une dimension historique et révolutionnaire, cohérente avec l’intention annoncée par Donelli d’évoquer certains événements anciens susceptibles de faire écho au présent. Sans documentation supplémentaire sur le morceau, il serait hasardeux d’en fixer précisément le récit.

Mais son emplacement suggère un déplacement intéressant : l’incertitude n’appartient pas uniquement au XXIe siècle. L’histoire humaine est elle aussi faite de ruptures, d’insurrections et de renversements que personne ne prévoit avec exactitude avant qu’ils surviennent.

« Claudia »

Puis un prénom.

« Claudia » constitue l’un des titres les plus dépouillés de l’ensemble. Aucun concept, aucune catastrophe, aucune ville : seulement une personne désignée par son nom.

Ce type de morceau apporte une respiration utile à un projet aussi vaste. Il rappelle qu’au milieu des systèmes, des changements historiques et des grandes inquiétudes collectives, une existence peut encore tenir dans quelques syllabes.

« Sulla strada »

« Sur la route ».

Le voyage devient explicite avec « Sulla strada ». La route traverse depuis toujours le jazz, le rock et les musiques populaires comme une figure de déplacement, d’errance ou de changement.

Ici, elle paraît surtout cohérente avec un album qui refuse l’immobilité. Les morceaux passent d’un territoire à un autre comme si Donelli cherchait moins à construire une identité de genre qu’à observer différentes portions du paysage contemporain.

« Pigalle »

Après la route, Paris.

« Pigalle » possède immédiatement un imaginaire : enseignes lumineuses, nuits trop longues, cabarets, trottoirs, souvenirs de différentes époques superposés sur quelques rues.

Le choix du quartier ouvre naturellement une dimension plus urbaine et cosmopolite. Dans un album qui revendique autant le jazz que la world music, « Pigalle » agit comme une étape géographique presque cinématographique.

Le titre seul suffit à changer l’éclairage.

« Batticuore »

« Batticuore » signifie le cœur qui bat fort, la palpitation.

Le mot rompt avec les paysages précédents pour revenir à une sensation directement corporelle. Après tant de mouvements extérieurs, la météo semble entrer dans le corps.

C’est une belle idée à l’échelle de l’album : les bouleversements du monde ne restent jamais entièrement dehors. Ils modifient également notre rythme intérieur, notre anxiété, notre excitation, notre manière d’attendre.

« Tiki Beat »

« Tiki Beat » remet le rythme au premier plan.

Le titre évoque spontanément quelque chose de plus ludique, tropical, percussif. Dans cette traversée très large des langages jazz, funk et world, il peut fonctionner comme une zone de relâchement, un déplacement vers une musicalité plus physique.

L’album a besoin de ces contrastes. Dix-huit morceaux consacrés exclusivement à l’incertitude pourraient rapidement devenir écrasants. Donelli semble au contraire vouloir changer régulièrement d’angle et de température.

« Città futura »

La ville future apparaît presque exactement au centre du parcours.

« Città futura » contient tout le paradoxe de l’album : comment imaginer une ville future lorsqu’on ne sait déjà plus très bien prédire le mois prochain ?

Le morceau porte, au moins dans son titre, une dimension presque utopique ou prospective. Ce futur peut être séduisant comme inquiétant. L’intérêt réside précisément dans cette indétermination.

Chez DONELLI A.I. ENSEMBLE, la technologie fait déjà partie du moyen de création. La présence d’une « ville future » prend donc un relief supplémentaire : le futur n’est pas seulement observé, il participe déjà à la fabrication du disque.

« Spot »

« Spot » est probablement l’un des titres les plus énigmatiques de la séquence.

Le mot peut évoquer un point, une lumière, une publicité, un emplacement précis. Faute d’éléments supplémentaires, le morceau conserve cette polysémie intacte.

Et ce n’est finalement pas un problème. Dans un album construit autour de l’incertitude, certaines zones ont le droit de rester non résolues.

« Grot »

Avec 7 minutes 12, « Grot » est le morceau le plus long de l’album.

Cette durée en fait mécaniquement l’un de ses centres de gravité. Le titre, bref et abrupt, contraste avec l’espace temporel accordé à la composition. Il suggère quelque chose de plus massif, plus souterrain ou plus opaque que les morceaux précédents.

Sans indication narrative précise, on peut surtout observer sa fonction dans la séquence : « Grot » arrive lorsque le disque a déjà largement installé son vocabulaire, comme un passage où celui-ci peut se déployer davantage.

« VUCA »

Ici, l’idée de l’album devient presque explicite dans un acronyme.

VUCA — pour volatility, uncertainty, complexity, ambiguity — est devenu une manière courante de décrire les environnements instables et difficilement prévisibles. Le rapprochement avec « Previsioni del tempo incerto » est évident.

« VUCA » pourrait presque constituer l’autre titre du disque. Volatilité, incertitude, complexité, ambiguïté : quatre mots qui résument précisément ce que Donelli semble observer depuis le début.

C’est probablement l’un des intitulés les plus conceptuellement pertinents de l’ensemble.

« Kali Yuga Dub »

La collision devient ici franchement intrigante.

« Kali Yuga » renvoie à l’idée d’un âge sombre ou de déclin dans la cosmologie hindoue ; « Dub » appartient à une histoire musicale tout autre. Donelli les rapproche dans un titre qui résume bien sa manière de fonctionner : juxtaposer temporalités, cultures et langages plutôt que maintenir des frontières propres.

Le morceau suggère ainsi une époque crépusculaire traitée par un langage musical construit sur l’espace, l’écho et la répétition.

Même sans connaître son développement précis, le rapprochement possède une force conceptuelle évidente.

« La guerra è finita »

« La guerre est finie ».

Une phrase magnifique lorsqu’elle est vraie. Terrible lorsqu’elle ne l’est que provisoirement.

Placée si tard dans un disque qui réfléchit aux convulsions du présent et aux événements du passé, « La guerra è finita » ne peut qu’acquérir une résonance particulière. Le titre contient à la fois soulagement et méfiance. L’histoire nous a suffisamment appris que la fin d’une guerre n’est jamais nécessairement la fin de ses conséquences.

Donelli ne fournit pas ici le contexte historique précis du morceau. Cette absence laisse la formule conserver sa portée générale, presque universelle.

« Dopo la tempesta »

Après la tempête.

Le dix-septième titre paraît annoncer l’accalmie que le disque promettait peut-être depuis son ouverture. Mais l’expression italienne garde elle aussi une ambiguïté : ce qui suit la tempête n’est pas forcément le retour à l’état précédent.

Les paysages sont modifiés. Certaines choses ont disparu. D’autres apparaissent enfin.

« Dopo la tempesta » fonctionne donc très bien juste avant la clôture. L’album ne cherche plus à prévoir ce qui arrive. Il observe ce qui reste.

« Ninna nanna »

Et finalement, une berceuse.

Terminer « Previsioni del tempo incerto » par « Ninna nanna » est probablement l’un de ses choix les plus évocateurs.

Après les tempêtes, les villes, les guerres, les vents et l’incertitude, l’album ne réclame pas un grand finale héroïque. Il revient à un geste élémentaire : calmer, bercer, aider quelqu’un à fermer les yeux.

Ce n’est pas nécessairement une résolution heureuse. Une berceuse peut rassurer, mais elle peut aussi être chantée au milieu d’un monde qui reste instable.

Et c’est précisément ce qui rend cette conclusion crédible.

L’IA n’est pas le sujet, le présent l’est

Le nom DONELLI A.I. ENSEMBLE pourrait faire croire que l’intelligence artificielle constitue la vedette du projet. « Previsioni del tempo incerto » est pourtant plus intéressant lorsqu’on cesse justement de le lire uniquement sous cet angle.

Donelli annonce clairement sa méthode : les compositions sont d’origine humaine, puis retravaillées par des applications d’intelligence artificielle sous contrôle artistique et technique. Ce choix mérite d’être examiné, mais il ne doit pas masquer l’ambition plus vaste de l’album.

La vraie machine observée ici, c’est notre époque.

Elle change de vitesse sans prévenir, juxtapose guerres et innovations, mémoire historique et obsession du futur, catastrophes environnementales et possibilités technologiques. Le jazz rencontre le prog, le dub croise une cosmologie ancienne, Pigalle côtoie une ville future.

Sur dix-huit titres, cette profusion peut évidemment produire une impression d’éparpillement. Le disque assume un spectre extrêmement large et ne paraît pas chercher l’unité d’un album pop traditionnel. Certains auditeurs y verront une richesse, d’autres une difficulté à identifier une signature sonore unique.

Mais cette instabilité possède aussi une logique.

Après tout, appeler un disque « Previsioni del tempo incerto » pour ensuite lui demander de rester parfaitement sage aurait été assez contradictoire.

DONELLI A.I. ENSEMBLE préfère laisser les fronts se rencontrer.

Et regarder ce qui arrive dans le ciel.

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Written By
Extravafrench

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