« Française de naissance, américaine d’adoption, docteure en data science et productrice obsédée par les synthés : avec “Starless”, Elegie fait de l’indie dance un terrain où la précision scientifique finit par céder devant l’émotion. »
Si Elegie avait choisi une carrière parfaitement cohérente, elle aurait probablement continué à résoudre des problèmes derrière des écrans. Doctorat en data science, formation en physique, longues journées dans le corporate new-yorkais : tout semblait déjà tracé. Sauf qu’au milieu des chiffres, des modèles et des horaires raisonnables, des mélodies continuaient de lui tourner dans la tête.
« Starless » appartient à cette seconde vie.
L’artiste française, qui a passé l’essentiel de son existence aux États-Unis et vit aujourd’hui à San Francisco, signe ici ses débuts chez Exx Underground. Le morceau l’éloigne légèrement de la techno et de la melodic house qui ont jusqu’ici structuré une bonne partie de son parcours. L’indie dance prend davantage de place, avec une écriture plus mélodique et une énergie électronique qui conserve néanmoins le goût d’Elegie pour les architectures très construites.
Le titre lui-même m’intéresse. « Starless » — sans étoiles — pourrait appeler une noirceur absolue. Chez une productrice qui travaille justement beaucoup autour de l’émotion, des machines et de la répétition, l’image devient presque plus troublante : que reste-t-il quand on enlève les points lumineux qui permettent normalement de s’orienter ?
On comprend alors mieux le caractère singulier de son parcours. Elegie parle volontiers de hardware et de synthétiseurs avec le même sérieux que d’autres parlent d’un instrument acoustique. Sa formation scientifique n’est pas un gimmick de biographie : elle suggère un rapport très particulier au son, fait de construction, de paramètres, de systèmes que l’on peut maîtriser jusqu’au moment où quelque chose d’humain vient volontairement déranger l’équation.
La musique électronique française a souvent cultivé ce dialogue entre technologie et sensualité, mais Elegie l’aborde depuis un itinéraire beaucoup plus transatlantique. New York lui a donné ses premières années de production ; le Brésil, le Mexique et les États-Unis ont nourri son expérience des scènes techno ; San Francisco est désormais son laboratoire quotidien. Ses apparitions aux côtés de YOTTO, ANNA, Cristoph, Guy J ou Gareth Emery racontent aussi une artiste habituée aux grandes amplitudes mélodiques plutôt qu’à une électronique strictement fonctionnelle.
« Starless » arrive donc à un moment intéressant. Elegie a déjà placé plusieurs sorties dans les classements Beatport et reçu le soutien de Paul van Dyk, Massano ou Korolova. Elle pourrait parfaitement continuer à exploiter cette formule. Elle choisit au contraire de déplacer légèrement le curseur.
J’aime cette idée qu’une scientifique puisse consacrer autant d’énergie à fabriquer quelque chose d’impossible à mesurer correctement. Une émotion, après tout, résiste assez mal aux tableurs.
Et « Starless » semble précisément commencer là où les données cessent d’être utiles.
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