Gooseberry fissure Brooklyn sur « Fault Lines »
- Publishedaoût 17, 2026
« Gooseberry donne au mal du pays des guitares assez lourdes pour lui faire perdre toute politesse : “Fault Lines” parle de distance, de jalousie, de solitude et de ce moment très peu glorieux où Instagram devient la fenêtre depuis laquelle on regarde sa propre vie continuer sans soi. »
La meilleure image pour comprendre « Fault Lines » n’est pas particulièrement rock’n’roll. Elle vient de Bob l’éponge : Carlo Tentacule derrière sa fenêtre, observant Bob et Patrick s’amuser dehors pendant qu’il reste seul chez lui. Gooseberry revendique exactement ce sentiment-là, sauf qu’ici la fenêtre est un écran de téléphone et que les gens que l’on regarde jouent dans les salles où l’on aurait dû être.
Asa Daniels a quitté New York pour s’installer à plus de 300 miles de là, dans une ville radicalement différente. Le problème n’est pas seulement la distance. C’est tout ce qu’elle amplifie. Les concerts auxquels on ne va plus, les habitudes qui continuent sans nous, les amis qui apparaissent dans une story, les lieux familiers qui semblent soudain appartenir à quelqu’un d’autre. À force, la nostalgie devient presque paranoïaque : on ne regrette plus seulement un endroit, on commence à imaginer qu’on a été remplacé.
Gooseberry aurait pu raconter cela dans une ballade. Le trio de Brooklyn choisit heureusement l’option beaucoup plus brutale.
« Fault Lines » compte parmi les titres les plus lourds de son catalogue, avec une dette assumée envers Soundgarden. Les guitares prennent donc du poids, le grunge épaissit les contours, et le stoner rock apporte cette masse lente et abrasive qui convient parfaitement à un texte rongé par l’isolement. Le morceau ne mime pas la tristesse : il lui donne une densité.
Cette lourdeur paraît d’autant plus intéressante que Gooseberry n’est pas, à l’origine, un groupe enfermé dans un seul registre. Depuis sa formation à Brooklyn autour d’Asa Daniels, Evin Rossington et Will Hammond, le trio mélange alternative rock, indie et blues. Son écriture sait être mordante, mélodique, presque accessible, tout en conservant cette rugosité héritée du circuit DIY.
Ici, le curseur part clairement du côté des amplis.
Le titre lui-même devient alors particulièrement juste. Une faille ne s’ouvre pas forcément dans un fracas spectaculaire ; elle peut progresser lentement sous la surface avant que tout commence à se déplacer. L’éloignement fonctionne pareil. On déménage, on pense rester connecté, on regarde quelques photos, puis un jour on réalise que les autres ont accumulé des souvenirs auxquels on n’appartient plus.
« Fault Lines » annonce le deuxième album du groupe et arrive alors que Gooseberry prépare des tournées dans le Midwest américain et en Europe. Ironie assez belle : une chanson née du sentiment d’être trop loin de chez soi accompagne désormais un groupe qui s’apprête précisément à passer beaucoup de temps ailleurs.
Et pendant que les autres groupes continuent de jouer dans les salles de Brooklyn, Gooseberry a trouvé une réponse assez efficace à la fenêtre de Carlo : brancher les guitares beaucoup trop fort.
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