« Un Uber, une trahison encore brûlante, quelques phrases tapées sur un téléphone : “he wants revenge” commence dans le réel avant de virer au mélange nerveux de guitares, d’electroclash et de colère froide qu’Olivia Kate maîtrise avec une précision assez réjouissante. »
Le piège est chronométré : trente et une secondes.
Jusque-là, Olivia Kate laisse « he wants revenge » avancer dans une pénombre presque trompeuse. L’introduction est froide, atmosphérique, suffisamment retenue pour faire croire à une confession nocturne assez sage. Puis le groove débarque et la chanson change brutalement de démarche.
Bonne idée : la vengeance annoncée dans le titre n’arrive donc pas sous forme de hurlement immédiat. Elle macère d’abord.
Olivia Kate a commencé à écrire le morceau à l’arrière d’un Uber, quelques instants après avoir été trahie par une personne en qui elle pensait pouvoir avoir confiance. Le téléphone devient carnet d’urgence. Les jours puis les mois suivants se chargent de tout ce que le choc initial n’avait pas encore laissé remonter : colère, humiliation, doute, envie de riposter, probablement aussi cette relecture compulsive des événements où l’on cherche le moment exact où quelque chose a déraillé.
Musicalement, elle choisit un alliage assez délicieux parce qu’il refuse la propreté. Guitares abrasives, pulsation electroclash, humeur post-punk, pop suffisamment acérée pour ne jamais perdre l’accroche : Olivia Kate situe elle-même le morceau quelque part dans le triangle improbable Arctic Monkeys, Nirvana, Slayyyter.
Sur le papier, ça pourrait ressembler à trois playlists ouvertes en même temps.
Dans son univers, le rapprochement devient beaucoup plus logique.
Elle vient de Portland et a grandi avec le bruit du Pacific Northwest dans les oreilles : Nirvana, Elliott Smith, Death Cab for Cutie. Guitare dès l’enfance, groupes punk dans les bars à l’adolescence, puis New York et le Clive Davis Institute. Entre-temps, son écriture s’est frottée à une pop beaucoup plus calibrée puisqu’elle a composé pour EMEI, Isabel Dumaa et d’autres artistes, ainsi que pour la télévision.
« he wants revenge » ressemble au moment où ces deux biographies se rentrent dedans.
La songwriter capable de comprendre une accroche pop très vite retrouve la fille qui jouait dans des groupes punk, sauf qu’entre les deux elle a aussi appris à produire. Le résultat ne cherche donc ni le revival grunge docile ni le cosplay electroclash Y2K. Les guitares peuvent griffer pendant que la production garde une sécheresse électronique presque club ; la noirceur reste suffisamment sexy pour ne jamais devenir pesante.
Et surtout, la chanson possède de la mauvaise humeur.
De la vraie.
Pas cette colère vaguement esthétique que l’on colle parfois à une basse saturée et un eyeliner noir. Le projet solo d’Olivia Kate s’intéresse explicitement au fait d’être utilisée, punie pour avoir dit non, aux ambiguïtés queer, à la panique, à l’auto-trahison et aux rapports amoureux qui laissent des traces moins jolies que prévu.
Son EP FW26 doit prolonger ce journal post-punk/electroclash de la jeune vie new-yorkaise, quelque part entre hédonisme downtown et lendemain matin beaucoup moins glamour. « he wants revenge », deuxième extrait de ce projet solo, possède exactement cette gueule-là : séduisant de loin, nettement plus inquiétant lorsqu’on s’approche.
Le morceau ne nettoie pas la trahison pour la rendre élégante.
Il garde les nerfs, le téléphone dans l’Uber et les trente premières secondes où Olivia Kate semble encore se demander quoi faire de tout ça.
Puis la batterie répond pour elle.
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