Nefilim prend de la hauteur avec « Spor Salonu Merdiveni »
- Publishedaoût 17, 2026
« Nefilim choisit un décor banal pour installer son trouble : “Spor Salonu Merdiveni” donne aux escaliers d’une salle de sport la charge étrange de ces lieux ordinaires qui finissent par conserver beaucoup trop de souvenirs. »
Un escalier n’a normalement aucune importance. On le monte, on le descend, on pense déjà à l’endroit où il mène.
Puis un jour, quelque chose s’y passe.
Le titre de Nefilim — « Spor Salonu Merdiveni », littéralement les escaliers de la salle de sport — possède justement cette qualité presque cinématographique : il désigne un lieu avec une précision qui intrigue immédiatement. Pas une grande avenue, pas une chambre chargée de symboles, pas un paysage spectaculaire. Quelques marches. Un endroit de passage qui, par la seule décision d’en faire une chanson, cesse soudain d’être anonyme.
Le groupe turc s’est formé à Ankara en août 2025 et avance encore avec la fraîcheur d’un projet en construction. Son ambition annoncée est claire : enregistrer un album en 2026. Marduk signe l’ensemble des compositions et participe aux arrangements, épaulé notamment par Güliz Akalınlı, Özgür Özden Kaya et Yiğit Korkmaz pour le travail vocal et l’architecture musicale. « Spor Salonu Merdiveni » donne donc accès à un groupe qui n’a pas encore figé tous ses contours — et c’est précisément ce qui rend l’écoute intéressante.
Nefilim se situe entre indie pop, indie rock et rock alternatif turc. Le morceau laisse ces trois sensibilités cohabiter plutôt que de choisir une attitude unique. L’écriture reste suffisamment mélodique pour conserver une immédiateté pop, tandis que les guitares et l’assise rock donnent davantage de relief à ce qui aurait pu rester une petite vignette nostalgique.
La langue turque joue évidemment un rôle essentiel dans cette identité. Elle apporte ses propres appuis, ses propres longueurs de phrase, une façon différente de faire tomber les syllabes sur le rythme. Même sans disposer ici du détail des paroles, le titre suffit déjà à installer une proximité très concrète, presque autobiographique.
Ce genre de choix me plaît particulièrement chez un jeune groupe : raconter un espace plutôt qu’une abstraction. « Spor Salonu Merdiveni » ne s’appelle pas « Memories », « Lost » ou « Forever ». Il nous donne une adresse mentale. On ne sait pas exactement ce qui s’est produit sur ces marches, et il serait malhonnête de l’inventer, mais on comprend qu’elles comptent assez pour avoir survécu jusqu’au studio.
Nefilim débute à peine, pourtant cette façon de rendre mémorable un endroit parfaitement quelconque possède déjà quelque chose de très personnel. Quelques années plus tard, ces escaliers existeront peut-être encore à Ankara, traversés chaque jour par des gens qui ignorent totalement qu’un groupe leur a offert une chanson.
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