« Sundialer enterre des voix presque murmurées sous des guitares immenses : “Kill Shot” fait se cogner l’indie rock des années 90 et le shoegaze moderne jusqu’à produire quelque chose de lourd, flou et étrangement intime. »
On entend d’abord la masse.
Pas une masse compacte, mais une superposition de guitares qui semblent vouloir occuper tout le champ, comme si le morceau refusait de choisir entre la mélodie et l’écrasement. Puis, presque à contre-courant, la voix reste basse. Elle ne cherche pas à passer devant. Elle flotte quelque part dessous, comme si Sundialer préférait laisser le morceau parler plus fort qu’elle.
C’est ce rapport de proportions qui donne à « Kill Shot » sa personnalité.
Le projet venu de Ventura, en Californie, revendique une filiation claire : Ride, Hum, Nothing. On retrouve effectivement ce goût pour les guitares épaisses, la saturation qui devient texture, et cette manière très particulière de faire coexister violence sonore et retrait vocal. Là où beaucoup de groupes alternatifs cherchent à mettre la voix au centre, Sundialer accepte qu’elle soit partiellement absorbée par l’ensemble.
Le résultat n’est pas un simple exercice revival. Le souvenir des années 90 est là, bien sûr, mais le shoegaze contemporain ajoute une autre lecture : moins héroïque, plus enveloppante, presque physique. Les guitares ne servent pas seulement à faire du volume ; elles brouillent les contours, donnent au morceau une profondeur étrange, comme si chaque accord en cachait un autre derrière.
Frank Lenz, connu notamment pour son travail avec Pedro the Lion, tient la batterie. Sa présence apporte un socle qui évite au morceau de se perdre dans la brume. Il y a du poids, du mouvement, quelque chose de suffisamment ferme pour que les couches de guitare puissent se dilater sans que tout s’effondre.
Le titre « Kill Shot » ajoute encore une tension intéressante. Il évoque quelque chose de précis, presque chirurgical, alors que la musique fonctionne exactement à l’inverse : elle déborde, se diffuse, sature l’espace. Ce contraste entre précision du mot et ampleur du son donne au morceau une sorte de nervosité sourde.
Ce que Sundialer réussit surtout, c’est à faire de la retenue vocale un vrai choix esthétique. Chanter plus bas ne rend pas le morceau plus fragile ; ça le rend plus inquiétant. Comme si quelqu’un essayait de rester calme pendant que tout autour devenait de plus en plus énorme.
« Kill Shot » ne force donc jamais son impact. Il le laisse arriver par accumulation, jusqu’au moment où les guitares prennent tellement de place qu’on finit par comprendre que la voix, depuis le début, n’essayait pas de leur résister.
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