« Telegram » ou le cypher mélodique de Figaro et Gold Stack
- Publishedaoût 17, 2026
« Cinq rappeurs, une journée d’enregistrement et un refrain déjà viral avant même la sortie : autour de Figaro, “Telegram” ressemble à ces morceaux que personne n’a eu besoin de forcer. »
Le meilleur argument en faveur de « Telegram » tient peut-être dans son histoire de fabrication : tout s’est décidé presque trop facilement. KayTee roule deux heures pour rencontrer le collectif Gold Stack pour la première fois, la session se déroule le jour même chez Norsk Rap Media, chacun commence à proposer ses idées et, quelques heures plus tard, le morceau existe. Pas de mois de réécritures ni de concept laborieusement prémédité. Une rencontre, un beat, cinq rappeurs et suffisamment d’alchimie pour ne pas compliquer les choses.
Cette spontanéité colle parfaitement au format choisi. Figaro, S1glo et $$A représentent Gold Stack, rejoints par les indépendants Mirre et KayTee. Les couplets circulent d’une voix à l’autre et ramènent « Telegram » vers une mécanique presque traditionnelle du rap : celle du cypher, du micro que l’on se transmet et des personnalités qui doivent trouver leur place sur une même production sans diluer leurs différences.
Sauf qu’ici, le vieux principe rencontre une esthétique beaucoup plus contemporaine.
Gold Stack regarde notamment vers la melodic trap, déjà largement installée dans le rap britannique mais que le collectif souhaite pousser davantage au sein du rap norvégien. « Telegram » ne renie donc pas l’héritage collectif du hip-hop ; il le transpose dans une écriture plus mélodique, plus détendue, où l’accroche compte autant que la performance individuelle.
Figaro en possède justement la clé. C’est lui qui porte le hook « Got Telegram? », formule suffisamment immédiate pour avoir dépassé les 50 000 vues à elle seule durant les semaines de teasing précédant la sortie. Sur le papier, presque rien : trois mots et le nom d’une application. En pratique, le genre de petite phrase qui peut devenir un réflexe collectif précisément parce qu’elle ne demande aucune explication.
Le rappeur norvégien, qui possède des racines à Trinidad-et-Tobago, évolue déjà dans cette recherche d’équilibre entre refrains mélodiques, énergie plus frontale et écriture émotionnelle. Ici, il n’occupe pourtant pas tout le cadre. « Telegram » fonctionne parce que Gold Stack accepte le principe de la photo de groupe : chaque passage déplace légèrement l’humeur et le morceau conserve la sensation d’une session où les idées rebondissent plutôt que celle d’une collaboration assemblée morceau par morceau.
Le single ouvre par ailleurs le chemin vers la mixtape de Gold Stack annoncée pour septembre. C’est une bonne manière de présenter la maison : plusieurs voix, une identité commune encore suffisamment souple pour accueillir des artistes extérieurs et une ambition assez claire pour le rap norvégien.
Lorsque Figaro raconte que « tout s’est mis en place tout de suite », « Telegram » lui donne raison jusque dans sa forme. Certaines sessions produisent des morceaux que l’on entend encore en train d’être fabriqués ; celui-ci conserve plutôt l’impression réjouissante d’avoir été trouvé.
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