« Percussions vives, basse souple, piano aux accents afro-caribéens et circulation naturelle entre anglais, pidgin et patois : “WUFL” installe Vizco dans une Afro-fusion solaire où l’optimisme passe d’abord par le groove. »
La batterie donne le mot d’ordre avant même que le discours ait besoin de l’expliquer. Chez Vizco, l’énergie positive n’est pas plaquée sur la musique après coup : elle est déjà présente dans la façon dont les percussions avancent, dans le rebond de la basse et dans ce piano qui ouvre le morceau vers les Caraïbes.
« WUFL », pour « We Up For Life », repose sur cette architecture très physique.
L’artiste nigérian ne choisit pas entre Afrobeats et dancehall. Il utilise plutôt leur proximité rythmique pour construire un morceau qui passe facilement d’un territoire à l’autre. L’Afropop apporte l’évidence mélodique, le dancehall une forme de relâchement dans le débit et l’Afro-fusion lui permet surtout de ne pas devoir justifier chaque déplacement.
Cette liberté se retrouve jusque dans la langue. Vizco mélange anglais, pidgin et inflexions empruntées au patois, non pas comme une démonstration de polyvalence, mais comme une manière de parler sans réduire son identité à un seul registre. Cela donne à « WUFL » une diction mobile, adaptée à une production qui fonctionne elle-même sur le mouvement.
Le refrain et l’idée de « We Up For Life » pourraient facilement basculer dans la formule motivationnelle générique. Ce qui évite cet écueil, c’est l’insistance de Vizco sur la protection de son énergie. Il ne prétend pas que tout va nécessairement bien ; il choisit plutôt ce qu’il refuse de laisser les difficultés lui prendre. Garder l’esprit haut devient ici une discipline quotidienne plus qu’un optimisme aveugle.
Originaire de Lagos, Vincent Ameh, alias Vizco, développe ce mélange depuis ses débuts en 2022. Afrodancehall, Afro Hip-Hop, pop, R&B alternatif : sa discographie témoigne déjà d’un rapport très perméable aux genres. « WUFL » rassemble plusieurs de ces directions sans donner l’impression d’un collage, précisément parce qu’un même groove sert de colonne vertébrale à l’ensemble.
Les références à Burna Boy, Koffee, Popcaan ou Victony situent assez clairement le voisinage esthétique, mais Vizco dispose ici d’un argument plus personnel : cette recherche permanente d’une forme d’expression capable de circuler entre différentes façons de chanter, de rapper et de faire danser un rythme.
Le morceau se prête naturellement à l’été, mais sa qualité ne tient pas uniquement à son potentiel de bande-son ensoleillée. La basse et le piano installent une sensation de détente pendant que les percussions gardent tout en éveil ; la voix peut alors glisser dessus sans devoir forcer l’intensité.
« WUFL » finit par ressembler à une petite devise collective qu’on aurait mise sur une rythmique suffisamment solide pour qu’elle reste crédible. Vizco n’explique pas pendant quatre minutes comment rester debout : il règle le tempo, et laisse le reste suivre.
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