Mera Bhai replie les années 90 dans « Holy »
- Publishedaoût 20, 2026
« Basse jouée live, guitares, batterie, synthés vintage, acidité de 303 et final au piano M1 : le remix de “Holy” par Mera Bhai ressemble moins à une modernisation qu’à un faux classique de club retrouvé dans une caisse de vinyles trente ans trop tard. »
À 0:50, le morceau change clairement de température.
Mera Bhai connaît parfaitement ce genre de bascule : quelques éléments suffisent d’abord à installer le décor, puis la production commence à gagner du terrain jusqu’à devenir presque physique. Sur son remix de « Holy » de Lapgan, il ne cherche pourtant pas le drop EDM au sens contemporain du terme. Son plaisir semble ailleurs, dans la construction patiente d’un morceau qui emprunte autant au French touch des années 90 qu’à l’électro, au disco et à cette culture rave où un bon synthé pouvait suffire à faire décoller plusieurs centaines de personnes.
Son cahier de références pourrait paraître intimidant : Moodymann, Romanthony, Daft Punk, auxquels il ajoute une dose de Bollywood disco. Mais le morceau évite l’effet moodboard. Mera Bhai ne juxtapose pas simplement des signatures célèbres ; il travaille surtout ce qu’elles ont en commun, à savoir une conception très charnelle de la production électronique.
Cela passe notamment par le choix d’enregistrer basse, guitare et batterie en studio avant de les mêler à des synthés vintage et à du traitement analogique externe. Cette méthode explique beaucoup du relief de « Holy ». Le morceau ne possède jamais cette propreté parfaitement rectiligne d’une production entièrement construite dans l’ordinateur. Les éléments organiques viennent épaissir la mécanique, donner un peu de friction aux boucles et rappeler que la house a longtemps aimé faire cohabiter machines et musiciens.
Les lignes de basse roulantes servent de véritable colonne vertébrale. Autour, les sonorités 303 introduisent cette acidité immédiatement identifiable, tandis que les arpèges élargissent progressivement la perspective. Mera Bhai garde même son geste le plus ouvertement euphorique pour la fin : un piano M1 qui replonge directement dans l’imaginaire rave, sans la moindre honte pour son côté spectaculaire.
Le producteur londonien possède évidemment quelques raisons d’être aussi à l’aise avec les mélanges. Né à Londres, avec des racines indiennes et une enfance passée entre l’Italie, l’Albanie, l’Arabie saoudite, Dubaï et le Nigeria, il a développé un vocabulaire qui dépasse largement les frontières habituelles de la dance music britannique. French house, UK garage et rave des années 90 y rencontrent musique carnatique indienne, funk brésilien des seventies, disco et soul. Son passage par le groupe psyché Flamingods et le collectif Asian Underground Daytimers complète assez bien le portrait : chez lui, le collage n’est pas une stratégie récente, c’est quasiment une langue maternelle.
Ce remix de « Holy » en donne une version particulièrement lisible. Les trois grandes relances autour de 0:50, 3:03 et 3:40 ne répètent pas la même idée ; elles donnent plutôt l’impression d’ouvrir successivement différentes pièces d’un même club imaginaire.
Quand le piano rave arrive enfin, le voyage temporel est déjà suffisamment avancé pour qu’on ne sache plus très bien si Mera Bhai vient de remixer un morceau contemporain ou d’exhumer un maxi qui aurait mystérieusement échappé à 1997.
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