Saskia laisse « sickofmyself » courir plus vite que ses pensées
- Publishedaoût 21, 2026
« “sickofmyself” fait cohabiter une confession intérieure sombre avec une production qui refuse de s’y enfermer : Saskia y rapproche pop, liquid drum and bass et textures électroniques dans un morceau où l’aveu semble presque libérer le mouvement. »
La batterie avance. La tête, elle, tourne en boucle.
C’est ce décalage qui donne immédiatement à « sickofmyself » sa personnalité. Saskia écrit depuis un endroit mental beaucoup moins lumineux que ne le laisse entendre l’élan de la production. Le texte suit cette voix intérieure qui revient encore et encore, celle qu’on essaie de contenir jusqu’au moment où elle finit nécessairement par sortir. Plutôt que d’habiller cette matière d’une ballade lente et grave, la chanteuse choisit pourtant la vitesse.
Le contraste est excellent.
Le morceau glisse entre R&B et liquid drum and bass, avec une rythmique suffisamment mobile pour empêcher la confession de se figer. L’énergie n’annule pas le malaise ; elle lui donne une autre forme. Quelque chose se débloque au moment même où Saskia accepte de formuler ce qu’elle aurait préféré garder enfoui.
Sa voix reste le point le plus fascinant de l’ensemble. Éthérée sans devenir fragile, elle paraît flotter au-dessus d’une production beaucoup plus active, créant cette impression paradoxale de calme au milieu du mouvement. Les cordes luxuriantes élargissent encore l’espace, tandis que le traitement électronique garde une profondeur presque trip-hop. Les références à Massive Attack, James Blake ou Labrinth viennent naturellement à l’esprit, mais Saskia ne semble pas intéressée par la reproduction fidèle d’une école. Elle emprunte surtout leur goût pour les climats ambigus.
Née dans le Devon et désormais installée à Londres, elle s’est construite précisément autour de cette contradiction. Elle se décrit comme une « happy girl making sad music », formule qui pourrait être anecdotique si sa musique ne la prenait pas autant au sérieux. Derrière une personnalité lumineuse, l’écriture préfère les endroits moins confortables : les pensées que l’on ravale, les émotions que l’on rationalise trop longtemps, tout ce qui finit par réclamer sa place.
Cette approche remonte à son enfance, lorsqu’elle passait des heures au piano. Elle parle de cet état presque méditatif comme d’une sensation qu’elle continue de rechercher aujourd’hui. Cela s’entend dans sa façon de construire ses morceaux : les atmosphères semblent pensées en couches, les accords et la programmation rythmique créant davantage un environnement qu’un simple accompagnement.
Son premier EP « The Noise », écrit avec ASTN, avait déjà reçu le soutien de BBC Radio 1 et BBC 6 Music. Depuis, sa voix a circulé dans des endroits assez différents pour révéler son amplitude : samplée par Don Toliver sur « Secondhand », sollicitée dans des sessions avec Bicep, Pollyfromthedirt ou Bob Mackenzie. Sa récente signature chez Black Butter Records paraît logique pour une artiste qui commence justement à agrandir son terrain de jeu.
« sickofmyself » donne surtout envie de voir jusqu’où elle poussera cette ouverture.
Le morceau pourrait s’écrouler sous le poids de son introspection. À la place, la rythmique continue d’avancer pendant que Saskia met enfin les mots dehors. C’est peut-être la décision la plus juste du morceau : ne pas illustrer la tristesse, mais enregistrer précisément ce qui se passe lorsqu’elle commence à céder.
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