« Strawflower donne à “Underwater” le goût étrange d’un été trop beau pour être totalement heureux, entre surf rock alangui, psychédélisme discret et mélancolie chauffée au soleil. »
Le ciel est bleu, la route descend vers la côte, les vitres sont ouvertes — et pourtant quelque chose pèse.
C’est précisément là que Strawflower semble vouloir vivre. « Underwater » prend tous les signes extérieurs du fantasme californien et les retourne légèrement, comme une photo de vacances dont on découvrirait au second regard que personne ne sourit vraiment.
Le groupe de Los Angeles a déjà installé son univers dans cette Californie un peu spectrale, peuplée de plages désertes, de collines hantées et de silhouettes qui roulent longtemps sans trop savoir ce qu’elles cherchent. « Underwater » pousse cette esthétique vers quelque chose de plus immédiat : un surf rock mélancolique, presque nonchalant, enregistré dans le studio Joshua Tree de Michael Rault, avec cette sensation de chaleur sèche qui colle bien au morceau.
Le titre ne cherche jamais l’explosion. Il flotte.
Les guitares portent ce parfum de surf rock classique, mais sans posture rétro trop appuyée. Elles sont moins là pour convoquer une époque que pour construire une sensation de distance. Le rythme avance avec une douceur trompeuse, comme si la chanson refusait de reconnaître qu’elle parle précisément de tristesse estivale.
Et c’est ce décalage qui lui donne son charme.
Strawflower comprend très bien que la mélancolie n’a pas besoin d’être sombre. Elle peut arriver à 16 heures, sous une lumière parfaite, alors que tout devrait objectivement aller bien. « Underwater » tient dans cette contradiction : le décor promet l’insouciance, mais l’intérieur ne suit pas.
La voix s’inscrit dans cette logique, jamais trop théâtrale, plutôt voilée, avec ce petit recul qui laisse l’émotion se déposer progressivement. On est loin du spleen frontal. Ici, tout passe par l’atmosphère, par ce sentiment de dérive lente, presque agréable, jusqu’au moment où l’on réalise qu’on s’est laissé entraîner un peu trop loin.
Le morceau pourrait sans doute pousser davantage ses ruptures ou salir encore plus son versant psychédélique. Strawflower reste très fidèle à son esthétique, parfois au risque de rendre la trajectoire un peu trop prévisible. Mais « Underwater » fonctionne justement par cohérence : le groupe ne cherche pas la surprise, il affine son propre climat.
Et ce climat est très identifiable.
Une Californie sans carte postale, où l’été reste lumineux mais où la tristesse a appris à bronzer.
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