« Pour son premier album, Music by Jeremy ne cherche ni la jeunesse éternelle ni la cohérence artificielle : “Scenes from a Well Worn Path – Side One” rassemble folk acoustique, indie pop, soul, post-punk et songwriting adulte autour d’une idée simple — regarder la vie en face sans renoncer à l’élan. »
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À Banbury, Jeremy a construit son disque comme on ouvre enfin des cartons restés trop longtemps fermés.
« Scenes from a Well Worn Path – Side One » constitue le premier volet d’un double album de 24 morceaux répartis sur quatre faces. L’ambition est considérable pour un premier projet, mais elle correspond précisément à son propos : ne pas résumer une existence en trois chansons calibrées, accepter au contraire les contradictions, les détours, les obsessions politiques, les blessures personnelles et même les sujets improbables.
Jeremy appelle cela le « joyous realism ». Une manière d’affronter les choses difficiles sans fabriquer artificiellement du désespoir.
« Be Me » fournit une excellente porte d’entrée. Le morceau s’intéresse à l’épuisement provoqué par le fait de se mettre constamment en scène pour les autres. Derrière son efficacité indie-pop se joue donc une question beaucoup plus intime : à quel moment cesse-t-on d’interpréter une version acceptable de soi-même ? Le titre est presque brutal dans sa simplicité. Après toutes les adaptations, tous les rôles et les attentes extérieures, il reste cette demande élémentaire : pouvoir simplement être soi.
« The Story of a Mistress » change déjà de perspective. Son intitulé annonce une narration, probablement davantage tournée vers un personnage et les zones moralement inconfortables qu’une relation clandestine peut ouvrir. Sur un album qui revendique son intérêt pour la faute, l’ambiguïté et les contradictions humaines, ce titre trouve naturellement sa place : Jeremy semble moins intéressé par les héros propres que par ce qui se produit lorsque les gens ne correspondent plus à l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes.
Puis vient « Bowie on the Wall ». Impossible de ne pas entendre derrière ce nom l’une des grandes références revendiquées par Jeremy : David Bowie, précisément admiré pour sa capacité à se réinventer. Le titre peut se lire comme une présence tutélaire, presque une image accrochée au mur qui regarde l’artiste travailler. Il raconte aussi très bien le paradoxe de ce disque : avoir grandi avec des figures immenses sans chercher à devenir leur copie.
« How to Be Good » poursuit autrement cette interrogation morale. Le titre ne dit pas « Be Good », mais « How to Be Good » : il déplace immédiatement la question vers l’apprentissage, le doute, peut-être même l’impossibilité d’appliquer parfaitement ses propres principes. Dans un projet annoncé comme politiquement engagé et attentif aux défaillances humaines, la bonté semble moins être un état acquis qu’un problème à résoudre quotidiennement.
La chanson qui donne presque son nom au projet, « A Well worn path », occupe évidemment une place particulière. Le chemin usé évoque quelque chose que l’on a déjà parcouru cent fois : habitudes, erreurs, souvenirs, choix répétés. Mais un sentier usé est aussi la preuve qu’on continue à marcher. Toute la philosophie de l’album semble contenue dans cette image, quelque part entre fatigue et persistance.
« Bittersweet » termine cette première face sur un mot qui pourrait presque servir de sous-titre à l’ensemble. Ni euphorie forcée ni mélancolie absolue : le goût simultané de ce qui fait mal et de ce qui reste précieux.
Cette variété thématique trouve un équivalent musical. Jeremy passe de l’acoustique à la soul, du synth-pop au blues, du gospel au post-punk, sans considérer qu’un auteur-compositeur devrait nécessairement choisir une seule tenue pour tout un album.
Il joue lui-même les guitares acoustiques et la basse fretless, écrit les textes, les mélodies et les arrangements depuis son home studio. Pour compléter ce groupe qu’il n’a pas pu réunir physiquement, il utilise dans Ableton des batteries assistées par IA ainsi qu’un modèle vocal entraîné exclusivement sur ses propres échantillons de voix. La technologie intervient donc dans l’exécution ; l’écriture et la conception restent les siennes.
L’intérêt de « Scenes from a Well Worn Path – Side One » se situe finalement moins dans cette méthode que dans tout ce qu’elle lui permet de faire entendre.
Six morceaux, déjà six manières différentes de regarder une vie qui a visiblement eu le temps de se compliquer. Et il reste encore trois faces.
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