One Empty Toybox met l’ironie au service d’un sujet qui ne l’est pas avec « Cyberstalking »
- Publishedaoût 30, 2026
« Synthés tendus, guitares improvisées et chant plein de caractère : “Cyberstalking” prend le risque de traiter avec légèreté un phénomène profondément sérieux, sans jamais perdre de vue ce qu’il raconte ni les personnes qu’il peut toucher. »
Le morceau est né d’un cadre presque vide.
Nicholas Viltrakis avait les fondations : batterie, basse, synthés, guitare rythmique et un titre, « Cyberstalking ». Pas de direction précise, pas de scénario déjà écrit. Pendant que Nick était à Chicago pour le travail, Rob Dreyer s’est assis un soir et a écrit en deux heures les paroles de « Cyberstalking » ainsi que celles de « Neon Dreams ».
Le reste a suivi par instinct.
C’est assez cohérent avec la manière dont One Empty Toybox travaille depuis longtemps. Dreyer et Viltrakis jouent et enregistrent ensemble depuis 1995, entre projets communs, archives inédites et créations parallèles. Leur méthode privilégie l’improvisation et la réaction immédiate. Sur ce single, une deuxième guitare lead et plusieurs solos ont été ajoutés quasiment sur le moment, avec très peu de répétition préalable.
Cette spontanéité donne au morceau une vraie nervosité.
Le contraste est d’autant plus intéressant que son sujet est lourd : le cyberstalking, autrement dit le harcèlement facilité par les outils numériques. One Empty Toybox s’intéresse à cette manière dont Internet peut simultanément ouvrir un accès gigantesque à l’information et devenir un environnement où surveillance, intrusion et abus se développent beaucoup plus facilement.
Le duo choisit pourtant de ne pas produire une chanson écrasante.
« Cyberstalking » conserve quelque chose de vif, presque théâtral. Certaines critiques ont rapproché le morceau d’un croisement entre punk 70s et synth-pop 80s, et cela correspond bien à son caractère volontairement décalé. La voix contourne les instruments plutôt que de simplement se poser dessus, tandis que les guitares ajoutent une dimension plus imprévisible à la base synthétique.
Cette forme de légèreté ne sert pas à minimiser le thème.
Elle crée plutôt une tension utile : une musique qui peut sembler amusante ou énergique en surface alors que le texte décrit une réalité intrusive. One Empty Toybox évoque même, non sans ironie, l’idée d’un « Romeo and Juliet » contemporain, mais débarrassé de toute idéalisation romantique.
La dimension concrète du projet renforce cette intention.
L’intégralité des profits générés par « Cyberstalking » doit être reversée à l’organisation Stop Stalking Us. Rob Dreyer prévoit également de doubler, jusqu’à 1 000 dollars, les ventes Bandcamp réalisées au cours de 2026. Le sujet a d’ailleurs une résonance personnelle pour lui, puisqu’une personne de son entourage a été concernée par ce type de situation.
Le processus de production comporte aussi une particularité : certains éléments de base — basse, batterie, synthés et guitare rythmique — ont été fournis à One Empty Toybox par Nicholas Viltrakis dans le cadre d’un processus assisté par IA, tandis que les paroles, les voix, les guitares supplémentaires et les solos ont été réalisés par des humains.
Mais « Cyberstalking » reste surtout intéressant pour sa manière de refuser le ton attendu.
One Empty Toybox ne transforme pas un sujet grave en sermon. Le duo choisit au contraire de faire circuler l’idée dans un morceau étrange, nerveux et accrocheur.
Puis il laisse la guitare déraper là où le confort aurait été beaucoup moins approprié.
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