x
Music Rock

Segrëgates refuse la rébellion sous plastique dans « No rhyme or reason »

Segrëgates refuse la rébellion sous plastique dans « No rhyme or reason »
  • Publishedaoût 30, 2026

« “No rhyme or reason” débarque comme une charge contre le punk devenu posture : Segrëgates y remet du cambouis, du sarcasme et une section rythmique lourde, avec Motörhead dans le rétroviseur et aucune envie de devenir fréquentable. »

Segrëgates n’a jamais vraiment caché son mode d’emploi.

Le groupe de York s’est formé autour d’une idée presque caricaturalement simple : voler le son de Motörhead. Pas s’en inspirer discrètement, pas prétendre avoir réinventé le rock’n’roll, mais partir de cette matrice, l’assumer, puis voir jusqu’où elle pouvait être tordue. Quinze ans plus tard, le vocabulaire s’est élargi. Inepsy est passé par là, Sleaford Mods aussi, jusqu’à quelques inflexions de phrasé hip-hop dans les textes.

« No rhyme or reason » montre surtout ce que Segrëgates fait de cette liberté : attaquer.

La cible, cette fois, est une certaine idée du punk et du post-punk contemporains. Le groupe dit ne plus croire à une rébellion qu’il juge devenue inoffensive, parfaitement présentable et calibrée pour cocher les bonnes cases. On peut discuter la charge, mais pas vraiment lui reprocher son manque de franchise. Segrëgates préfère la moquerie frontale à la diplomatie culturelle, et les paroles sont annoncées comme volontairement vicieuses, avec ce goût pour le rire mauvais qui sied mieux au morceau qu’un manifeste interminable.

Musicalement, le groupe reste fidèle à ce qu’il appelle son « motorpunk rock’n’roll ».

La section rythmique est lourde, la chanson cherche l’accroche sans devenir propre, et l’ensemble conserve cette sensation de groupe qui joue ensemble plutôt que de pistes soigneusement alignées sur une grille. Le choix de l’enregistrement sans click track est déterminant ici : la pulsation peut bouger légèrement, accélérer, tirer, respirer. Cette petite instabilité restitue quelque chose du live qu’une production plus quadrillée aurait probablement écrasé.

Les sessions ont été réalisées aux DC Studios de Barnsley avec Jack à la production, dans un lieu que Segrëgates utilise aussi ponctuellement pour répéter. C’est également une première dans leur discographie récente : Smell abandonne la basse, Dicko y revient après avoir été guitariste originel du groupe, aux côtés de Davros De La Nutter à la batterie et Dr Horn à la guitare au moment de l’enregistrement.

Ce dernier a depuis quitté la formation, remplacé — selon la formule très Segrëgates — par « le MC5 ». Le détail résume assez bien leur rapport à la communication : peu de présence permanente sur les réseaux, beaucoup de second degré, et seulement quelque chose à dire lorsqu’ils estiment qu’il y a effectivement quelque chose à dire.

Leur passage au Rebellion Festival avait d’ailleurs une saveur particulière après plusieurs années à considérer avoir été ignorés par l’événement.

« No rhyme or reason » ne cherche donc pas à moderniser le rock’n’roll par une couche de vernis. Segrëgates préfère enlever le vernis, vérifier ce qui reste dessous, puis se moquer de tout ce qui sonne trop propre pour être crédible.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

Laisser un commentaire

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture