Hoxsey ouvre les portes de « Ghost We Keep » et laisse les fantômes circuler
- Publishedseptembre 15, 2026
« “Ghost We Keep” ne se contente pas d’empiler onze morceaux sombres : Hoxsey et Taliba Fields y dressent un territoire entier, peuplé de routes perdues, de baraques de foire, de personnages douteux et de souvenirs assez tenaces pour continuer à marcher longtemps après leur disparition. »
Une vieille fête foraine itinérante constitue le décor, mais Hoxsey n’en fait jamais un simple accessoire d’Halloween.
L’album préfère la poussière aux citrouilles, les routes désertes aux effets faciles, les silhouettes incertaines aux monstres immédiatement identifiables. Le disque regarde davantage du côté de la mémoire, de la mortalité et de tout ce que l’on continue à transporter longtemps après avoir quitté un endroit.
« Skeleton Key » sert de première entrée dans ce monde. Hoxsey et Taliba Fields y installent l’idée d’une porte que l’on pourrait ouvrir sans encore savoir ce qui se trouve derrière. Le morceau fonctionne surtout comme introduction à une logique d’album : ici, chaque piste semble donner accès à une nouvelle pièce plutôt qu’à une histoire totalement indépendante.
« The Road », beaucoup plus courte, ralentit le spectacle. Hoxsey la présente comme l’un des moments intimes du projet, et sa position très tôt dans la tracklist évite justement que « Ghost We Keep » se transforme immédiatement en grand théâtre gothique. Derrière les personnages et le décor, quelqu’un voyage réellement.
« Josaphina » conserve cette proximité. Avec plus de quatre minutes, la chanson dispose d’un espace différent et appartient elle aussi au versant émotionnel revendiqué de l’album. Le prénom tranche avec les titres plus conceptuels qui l’entourent : au milieu des lieux étranges et des figures fantastiques, une personne devient soudain plus importante que le décor.
« Charm Cider » ramène ensuite cette étrangeté de carnaval que Hoxsey affectionne. Le titre possède une douceur presque trompeuse dans un album où tout ce qui semble accueillant peut facilement cacher autre chose. À plus de quatre minutes, il compte aussi parmi les pièces les plus développées du disque.
Puis « Old Man McKenzie’s Basement » ne dure qu’une minute vingt-sept.
Ce type de format court est particulièrement efficace dans un projet narratif. Hoxsey n’a pas besoin que chaque étape devienne une chanson traditionnelle avec son propre grand arc. Certains morceaux fonctionnent davantage comme des couloirs, des anecdotes ou des portes laissées entrouvertes. Le sous-sol de McKenzie appartient clairement à cette catégorie.
« The Introduction Of Sgt Capone » présente ensuite l’un des personnages déjà connus de l’univers Hoxsey. Le morceau participe pleinement au caractère théâtral de « Ghost We Keep » : plutôt que raconter uniquement à la première personne, l’artiste aime faire entrer des figures presque fictives et les laisser perturber le paysage.
« Pixelated Whorror » rompt légèrement l’imagerie ancienne.
Le mot « pixelated » introduit quelque chose de numérique au milieu des routes de terre et des vieux chapiteaux. Sans surinterpréter son récit, cette collision suffit à montrer que le disque ne veut pas jouer la reconstitution historique. Son gothique accepte aussi le bug, l’image dégradée, l’horreur filtrée par une esthétique beaucoup plus contemporaine.
« Scratches », cinquante secondes seulement, agit comme une griffure dans la continuité. « Julian Man », à peine plus long, poursuit cette logique de fragments. Ces deux titres empêchent l’album de devenir trop régulier et renforcent son côté carnet de souvenirs : certaines présences méritent quatre minutes, d’autres reviennent seulement quelques secondes.
« A Ride With The Four Horse Men in 1888 » constitue probablement l’une des images les plus spectaculaires de la tracklist. Hoxsey et Taliba Fields y combinent explicitement cavalcade, apocalypse et passé fantasmé. Le titre suffit déjà à poser une scène énorme ; l’album ne cherche pas à la réduire à un simple morceau gothique décoratif, mais l’intègre à sa galerie de visions.
« Corpses Ball Room » ferme enfin le voyage avec une dernière image de rassemblement impossible.
Le choix est logique : après avoir traversé routes, sous-sols, souvenirs, personnages et spectres, l’album finit dans une salle de bal peuplée de morts. Pas vraiment une résolution, plutôt une dernière pièce où tout ce qui précédait pourrait encore se retrouver.
On avait déjà croisé Hoxsey à travers « The Introduction of Sgt. Capone », « Sea Sirens Call », « Over The Mornings New Moon » ou plus récemment son projet éponyme. « Ghost We Keep » paraît pourtant plus ample dans sa manière d’organiser ses obsessions.
Le punk, l’indie rock, le dark wave et les textures gothiques ne servent plus seulement à colorer les chansons. Ils deviennent les matériaux d’un décor dans lequel Hoxsey peut déplacer ses souvenirs comme des personnages.
Et au bout de onze pistes, le plus inquiétant n’est peut-être pas tout ce qui hante l’album.
C’est la facilité avec laquelle certaines de ces présences finissent par sembler familières.
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