Burnt Souls dissèque les liens brisés sur « Trust »
- Publishedseptembre 21, 2026
« Troisième album de Burnt Souls, “Trust” étale presque dix années d’écriture sur un même paysage : relations abîmées, isolement, attente, désir de sortie. Depuis Sydney, Colin Gallagher transforme cette matière sombre en un disque où la mélodie garde toujours une petite fenêtre ouverte. »
Le détail le plus intéressant de « Trust » tient peut-être à son âge caché.
Les huit morceaux n’appartiennent pas tous au même moment de la vie de Colin Gallagher. Certains sont récents, d’autres remontent à près de dix ans. Pourtant, Burnt Souls les rassemble comme s’ils avaient toujours attendu de se retrouver au même endroit. Ce décalage temporel donne au troisième album du projet australien une densité particulière : les blessures changent, l’écriture mûrit, mais certaines questions restent manifestement tenaces.
Gallagher porte presque toute l’architecture de Burnt Souls sur ses épaules : songwriting, textes, chant, guitare, basse, programmation des batteries et claviers. Peter Davies intervient à la guitare, tandis que Greg Seiler assure la production au Blue Mountain Sound, dans les Blue Mountains, à proximité de Sydney.
Cette configuration explique sans doute la cohérence très forte du disque.
Les références — The Cure, Joy Division, New Order, Depeche Mode — sont évidentes dans l’ADN annoncé, mais « Trust » cherche moins le pastiche post-punk que cette vieille alchimie britannique : faire cohabiter une mélodie immédiatement lisible avec une atmosphère qui, elle, l’est beaucoup moins.
« Another World » ouvre l’album sur 4:42. Le titre pose déjà une distance. Un ailleurs, réel ou mental, qui fonctionne bien comme sas d’entrée dans un disque construit autour de la difficulté à rester connecté aux autres. Sans informations supplémentaires sur son récit précis, il vaut mieux laisser ce morceau jouer son rôle d’ouverture : déplacer l’auditeur hors du quotidien avant que « At Night » resserre progressivement l’espace.
La nuit convient forcément bien à Burnt Souls.
« At Night » installe, par sa place même dans le séquençage, un terrain plus intérieur. Le disque n’enchaîne pas simplement des morceaux sombres : il change régulièrement la nature de cette obscurité. Tantôt intime, tantôt relationnelle, tantôt franchement sociale.
« Isolation » est le premier titre dont Gallagher donne clairement la clé. Il regarde la solitude produite par une société qui semble organisée pour dresser les individus les uns contre les autres. Le thème dépasse donc largement le malaise personnel. Burnt Souls touche ici à quelque chose de très contemporain : cette impression étrange d’être constamment reliés, sollicités, visibles, et pourtant de plus en plus séparés.
Puis « Decade » s’étire jusqu’à 5:39.
Dans un album dont certaines chansons ont justement presque dix ans, le titre attire forcément l’attention. Impossible d’affirmer qu’il raconte directement cette durée de gestation, mais sa position au milieu du disque crée une résonance amusante avec l’histoire même de « Trust ». C’est aussi l’un des morceaux les plus longs, comme s’il fallait davantage de place à ce point de bascule.
« Someday Soon » possède, lui, une histoire beaucoup plus précise.
Gallagher y aborde la difficulté de sortir d’une relation toxique. Ce qui intéresse ici, c’est moins le moment spectaculaire de la rupture que l’après : la mécanique mentale qui continue, les traces laissées, la difficulté à retrouver une direction propre. Le titre contient presque une promesse repoussée — bientôt, un jour, peut-être — et cette attente convient parfaitement au sujet.
Le morceau-titre « Trust » arrive seulement en sixième position.
Choix intelligent. La confiance apparaît après tout ce qui l’a déjà fragilisée. Après l’autre monde, la nuit, l’isolement, les années qui passent et la relation dont il faut apprendre à sortir. À 5:47, c’est la pièce la plus longue de l’album : le mot le plus simple du disque reçoit paradoxalement le plus grand espace.
« Still Waiting » prolonge ensuite cet état intermédiaire. Le titre suggère une immobilité qui tranche avec l’idée de guérison facile. Burnt Souls préfère visiblement laisser du temps aux choses plutôt que fabriquer une résolution immédiate.
Enfin, « Watch Over Me » ferme le disque.
Après autant de séparation, terminer sur une formule qui évoque la présence de quelqu’un change subtilement la température. Là encore, sans récit détaillé fourni par Gallagher, inutile de décider qui veille sur qui. Sa position suffit presque : le dernier geste de « Trust » regarde vers une présence plutôt que vers l’absence.
C’est là que l’album trouve son équilibre.
La darkwave de Burnt Souls possède bien ses synthés mélancoliques, ses guitares atmosphériques et cet héritage post-punk facilement identifiable, mais Gallagher injecte régulièrement de la chaleur dans le cadre. Il parle lui-même d’un disque traversé par une « ray of hope and optimism ».
Et cette lumière reste petite.
Heureusement.
Une éclaircie gigantesque aurait ruiné « Trust ». Burnt Souls préfère laisser quelques degrés de chaleur circuler dans huit chansons qui connaissent trop bien le froid.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
Partager :
- Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
- Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
- Partager sur Tumblr(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Tumblr
- Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
- Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail
