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Flywheel confronte son admiration dans « I Want to Join The Fall »

Flywheel confronte son admiration dans « I Want to Join The Fall »
  • Publishedseptembre 21, 2026

« “I Want to Join The Fall” n’est pas une lettre d’amour proprement rangée : Flywheel y célèbre l’impact de The Fall tout en refusant d’effacer les contradictions de Mark E. Smith, comme si l’hommage n’avait d’intérêt qu’à condition de garder les aspérités. »

Le morceau commence dans une relation de longue durée.

Flywheel écoute The Fall depuis des décennies. Cette obsession aurait facilement pu produire un titre de révérence, presque muséal, mais le groupe irlandais choisit une autre voie : parler autant de l’attraction exercée par cette musique que de l’inconfort lié à celui qui l’a portée.

« I Want to Join The Fall » devient donc à la fois hommage et mise à distance.

L’inspiration vient notamment de Mark E. Smith, mais aussi de « I Am Damo Suzuki », morceau dans lequel The Fall rendait lui-même hommage à l’ancien chanteur de Can. Flywheel reprend cette logique de filiation, puis la détourne légèrement. Il ne s’agit pas seulement de dire : voilà ce que nous aimons. Il s’agit aussi de demander ce que l’on fait de cette admiration lorsque la personne derrière l’œuvre résiste à l’idéalisation.

Cette contradiction entre directement dans l’arrangement.

La voix d’Ann Marie Ryan flotte au-dessus d’une basse lourde et motrice, tandis que Mark Tangney et Kieran Curtin empilent guitare, claviers et bruit autour d’elle. Le morceau puise clairement dans le post-punk, mais refuse la sécheresse totale : la matière shoegaze élargit les contours, brouille les lignes, laisse certaines tensions se dissoudre plutôt que d’être frontalement résolues.

Le Krautrock apporte une autre couche de répétition et d’endurance.

Le morceau avance avec quelque chose de presque mécanique, comme s’il cherchait moins à construire un refrain spectaculaire qu’à maintenir une idée suffisamment longtemps pour qu’elle finisse par changer de forme. C’est cohérent avec le sujet : une admiration qui tient dans le temps, mais qui n’est plus exactement la même qu’au départ.

La transformation la plus nette arrive vers la fin.

Le rythme tendu et les guitares chargées s’ouvrent progressivement vers quelque chose de plus mélodique, presque dream-pop. Le texte suit le même déplacement. La confrontation cède la place à une forme d’acceptation : reconnaître les défauts, ne pas les maquiller, puis admettre malgré tout ce que la musique a laissé.

C’est probablement là que Flywheel évite le mieux le piège du morceau-hommage.

Le groupe ne tente pas de réécrire Mark E. Smith en figure parfaitement fréquentable. Il préfère conserver cette tension entre l’homme et l’œuvre, entre fascination et réserve. Le titre devient alors moins une célébration biographique qu’un morceau sur la difficulté d’aimer une musique sans transformer son auteur en saint.

Cette ambiguïté correspond bien à Flywheel.

Le groupe naît dans la scène indépendante de Cork au début des années 90, avec un son déjà nourri de post-punk, shoegaze et dream-pop. Après une session pour Dave Fanning en 1995 puis la sortie de « She » en 1996, Flywheel disparaît rapidement, avant de se reformer en 2020.

Cette longue interruption n’a pas effacé leur langage.

« I Want to Join The Fall », troisième titre d’une série de cinq morceaux appelée à former un EP, montre plutôt comment ce vocabulaire ancien peut être réactivé sans devenir rétro. Les guitares restent abrasives, la basse garde son autorité, mais la chanson sait aussi s’ouvrir, se déplacer, laisser entrer autre chose.

L’hommage le plus crédible ici n’est pas la copie.

C’est le fait d’accepter que l’admiration puisse rester intacte sans jamais devenir aveugle.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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