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Iberico cartographie l’Italie intime sur « Entroterra »

Iberico cartographie l’Italie intime sur « Entroterra »
  • Publishedseptembre 22, 2026

« De Catanzaro à Milan, Iberico compose “Entroterra” comme un atlas affectif : douze chansons où une rue, une maison, un départ ou un visage suffisent à réveiller des années entières. La géographie devient ici une manière de raconter ce que les gens emportent avec eux. »

Une gare, un appartement, une ville trop grande, un souvenir familial : chez Iberico, les histoires commencent souvent par quelque chose que l’on pourrait montrer du doigt.

Ferdinando Ritrovato, né à Catanzaro en Calabre et installé à Milan, appartient à cette tradition italienne du cantautorato où les mots gardent un poids particulier. Son deuxième album « Entroterra » élargit pourtant considérablement le cadre de « Non fare rumore ». L’autobiographie y côtoie des personnages fictifs, des trajectoires inspirées de vies réelles et des sujets collectifs abordés à hauteur d’homme.

Le mot entroterra désigne l’intérieur des terres. Beau choix pour un disque occupé par ce qui demeure à l’intérieur des gens.

« Scala di cuori » ouvre l’album avec un titre presque tactile. Une échelle de cœurs, une succession de paliers émotionnels : Iberico place immédiatement l’humain avant le paysage. Cette première pièce sert surtout de seuil à sa méthode d’écriture, où les sentiments prennent corps à travers des images concrètes plutôt qu’à travers de grandes déclarations.

« Dovrei essere » déplace ensuite le regard vers l’identité. Je devrais être. Trois mots qui portent déjà le poids des attentes, de la place qu’on nous assigne et de la personne que l’on croit devoir devenir. Sur un album aussi préoccupé par les racines et l’appartenance, cette formulation résonne naturellement avec le parcours d’un auteur partagé entre Sud italien et métropole lombarde.

Le mirage arrive avec « Effetto Morgana ».

La Fata Morgana appartient autant au vocabulaire de l’illusion optique qu’à l’imaginaire méditerranéen. Iberico trouve ici un motif parfaitement adapté à son disque : les lieux vus de loin changent de forme, les souvenirs embellissent parfois ce qui fut compliqué, et ce que l’on croit reconnaître peut se dérober dès que l’on s’en approche. Impossible d’enfermer le morceau dans cette seule lecture sans davantage de précisions, mais sa présence au début de l’album enrichit clairement la question de la perception.

Puis Milan entre directement dans le titre.

« Stare a Milano » possède la simplicité d’une phrase quotidienne : être à Milan, vivre Milan, supporter Milan peut-être. Pour un Calabrais installé dans la capitale économique italienne, la ville dépasse facilement le décor. Elle devient rythme de vie, distance avec le Sud, promesse professionnelle et parfois machine à fabriquer de l’éloignement. L’un des deux grands pôles géographiques de l’écriture d’Iberico prend ici son nom propre.

« Il canto dell’emigrato » agrandit brusquement l’échelle.

La migration fait partie des thèmes annoncés d’« Entroterra », et ce morceau semble en constituer l’un des centres narratifs. Le choix du mot canto compte : l’émigré reçoit une voix plutôt qu’une statistique. Iberico privilégie justement les histoires individuelles pour approcher les fractures sociales. Le départ devient celui d’une personne précise avant de rejoindre une histoire italienne beaucoup plus vaste.

« Crescere » arrive ensuite comme une charnière.

Grandir, chez Iberico, signifie forcément accumuler des lieux, des absences, des versions successives de soi-même. Placé après le chant de l’émigré, le morceau inscrit l’idée de croissance dans un album où avancer implique aussi de quitter quelque chose derrière soi.

Le cœur du disque devient plus directement affectif avec « Non ci sei più ».

L’absence prend ici une formulation sans détour : tu n’es plus là. Aucune information fournie ne permet d’identifier la personne ou la situation racontée, et cette indétermination sert finalement bien l’album. Iberico écrit autour de ce que les êtres laissent après leur passage ; cette chanson semble toucher ce principe dans sa forme la plus nue.

« Occhi da indiano » intrigue davantage.

Son titre possède une couleur presque cinématographique, le genre de détail physique dont Iberico aime partir pour construire un personnage. Le communiqué insiste justement sur cette manière d’utiliser un corps, un objet ou une petite scène humaine comme point de départ d’un récit plus vaste. Ici, des yeux suffisent peut-être à ouvrir une biographie.

« Non tornerà » approfondit encore l’idée du départ.

Le futur italien est définitif : il/elle ne reviendra pas. Après « Non ci sei più », le disque semble ainsi consacrer une partie importante de son dernier tiers aux différentes formes de disparition. Quelqu’un manque, quelqu’un part, quelqu’un reste ailleurs. La répétition du thème produit une sorte de sédimentation plutôt qu’un simple effet dramatique.

« Mi manchi da impazzire » change la température.

La formule est familière, presque populaire : tu me manques à en devenir fou. Iberico assume ici une expression frontale, débarrassée de la pudeur plus narrative des titres précédents. Au milieu d’un album attentif aux territoires et aux trajectoires collectives, cette déclaration très personnelle ramène soudain la caméra au plus près du visage.

« Il corso del sole » ouvre ensuite quelque chose de plus ample.

Le parcours du soleil offre naturellement une mesure du temps, mais aussi du déplacement. Le disque s’approche de sa fin et semble reprendre de la hauteur : après les rues, les villes et les corps, voici un mouvement qui dépasse tout le monde. Chez un auteur aussi sensible aux traces laissées par les années, cette image possède une belle évidence.

Reste « La radice del male ».

Le choix est presque parfait pour refermer « Entroterra ». La racine appartient au vocabulaire de tout l’album : origine, territoire, famille, attachement. Ici, elle rencontre le mal. La racine nourrit autant qu’elle retient ; elle raconte l’origine mais peut aussi conserver les blessures. Là encore, Iberico semble préférer la complexité aux symboles confortables.

Ces douze chansons ont pour cadre une écriture indie pop qui laisse volontairement beaucoup de place aux mots et aux personnages. C’est ce qui distingue Iberico d’une pop italienne davantage centrée sur la formule : chez lui, une chanson ressemble volontiers à une petite nouvelle.

Calabre et Milan constituent les deux extrémités les plus visibles de cette carte, mais « Entroterra » s’intéresse finalement à tout ce qui se trouve entre les deux.

Les kilomètres, évidemment.

Et surtout ce qu’ils déposent dans une vie.

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Written By
Extravafrench

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