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Shelby Lock mesure la résistance en cordes sur « A Matter of Time: Perseverancia »

Shelby Lock mesure la résistance en cordes sur « A Matter of Time: Perseverancia »
  • Publishedseptembre 28, 2026

« Un Yamaha C7 enregistré avec dix microphones en Californie, un orchestre capté séparément au Venezuela et une composition commencée durant plusieurs années de maladie : “A Matter of Time: Perseverancia” porte son histoire jusque dans sa méthode d’enregistrement. »

Dix microphones entourent le piano.

Deux sont placés au-dessus des cordes, un micro à ruban sous l’instrument, puis trois paires supplémentaires captent les bords de la pièce et le plafond. Shelby Lock cherche moins un piano parfaitement isolé qu’une sensation de présence : celle d’un auditeur assis quelque part dans Silver Moon Sound, son studio de Santa Cruz, face à son Yamaha C7.

Cette architecture sonore convient particulièrement à « A Matter of Time: Perseverancia ». Car la pièce parle, elle aussi, de durée, d’espace et de ce que l’on parvient à reconstruire progressivement.

Lock en commence la composition autour de 2019, au moment où sa santé se dégrade brutalement après une infection virale. Elle raconte avoir ensuite reçu un diagnostic d’encéphalomyélite myalgique et avoir passé plusieurs années avec des capacités physiques extrêmement réduites. Jouer quelques minutes pouvait devenir difficile ; son activité d’ingénieure du son était elle aussi limitée par une forte sensibilité auditive.

Le morceau avance malgré tout.

Petit à petit, mesure après mesure, il accompagne cette période au point de devenir presque indissociable de son parcours. Lock interprète une première version pour piano seul au Kennedy Center en 2022, expérience qu’elle présente comme un jalon particulièrement important alors qu’elle doutait encore de pouvoir poursuivre sa carrière.

La version de 2026 change complètement son échelle.

« A Matter of Time » devient « A Matter of Time: Perseverancia », avec ce mot espagnol ajouté comme trace explicite du chemin parcouru. Le piano solitaire accueille désormais un orchestre à cordes, à partir d’une nouvelle orchestration réalisée avec Joe Jaxson, compositeur en résidence auprès du Richmond Symphony.

Mais aucun orchestre n’est venu s’installer à Santa Cruz.

Les cordes du Venezuela Strings Recording Ensemble ont été enregistrées à The Music Embassy, à San Cristóbal, sous la direction de Raniero Palm et Jesús David Medina, tandis que Lock avait déjà terminé sa partie de piano en Californie. Deux pays, deux studios, deux acoustiques qu’il fallait ensuite convaincre d’appartenir au même espace.

C’est probablement la partie la plus passionnante du projet sur le plan technique.

En musique classique, dissocier ainsi piano et orchestre peut rapidement produire une sensation de collage. Lock, qui assure elle-même le mix et le mastering, devait donc rapprocher les ambiances des deux prises, ajuster les perspectives et faire oublier la distance physique. Le choix de studios relativement contrôlés acoustiquement lui a permis de construire cette continuité sans avoir à combattre des réverbérations trop marquées.

Sa double identité de compositrice-interprète et d’ingénieure devient ici déterminante.

Chez elle, l’enregistrement n’arrive pas après la composition comme une simple étape documentaire. Le placement des micros, la profondeur du piano, le rapport entre proximité et résonance participent directement à l’écriture de la pièce. Cette logique explique le dispositif immersif utilisé autour du C7 : le son du piano possède sa propre géographie avant même que les cordes viennent l’élargir.

L’orchestre apporte ensuite une ampleur nouvelle sans effacer le caractère intime du point de départ.

La pièce appartient au contemporain classique, avec une dimension romantique et cinématique assumée, mais son véritable centre de gravité reste ce piano enregistré presque seul à seul avec sa compositrice. Les cordes semblent moins venir décorer le thème qu’en prolonger la portée émotionnelle.

Le titre prend alors un sens assez particulier.

« A Matter of Time » désignait initialement cette attente indéfinie dont Shelby Lock raconte avoir dû s’accommoder. « Perseverancia » vient après, comme une annotation ajoutée plusieurs années plus tard par quelqu’un qui regarde la même partition depuis un autre endroit.

Le temps est toujours là.

Simplement, désormais, il a un orchestre autour de lui.

Pour découvrir plus de nouveautés du moment, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVANOW ci-dessous :

 

Written By
Extravafrench

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