« Le premier signe du déclin ? Apparemment, le cou. Sur “Check the Neck”, 9 o’clock Nasty transforme la peur de vieillir en hardcore techno bancal, basse obscène et mauvaise décision collective prise sous des lumières beaucoup trop fortes. »
Quelqu’un a retiré son t-shirt.
Personne ne sait exactement pourquoi.
Leicester, septembre 2026 : 9 o’clock Nasty préfère manifestement aborder le vieillissement par ce type de détail plutôt que par la sagesse, la transmission ou les crèmes raffermissantes. « Check the Neck », deuxième extrait du prochain album « The Dirty South », pose donc une question capitale : à quel moment le corps commence-t-il officiellement à vous trahir ?
Réponse du trio : regardez le cou.
L’idée est idiote.
Le morceau, beaucoup moins.
Après « 5 foot 2 », déjà remarqué chez ExtravaFrench pour cette manière de canaliser le chaos sans devenir raisonnable, Pete Brock, Ted Pepper et Sydd Spudd déplacent encore leur centre de gravité. Le punk reste dans l’attitude, mais les guitares laissent davantage de terrain à une mécanique électronique massive, presque hardcore techno, construite autour d’une basse volontairement excessive et d’un rythme qui avance comme un véhicule dont personne n’a vérifié les freins.
« Check the Neck » possède quelque chose de plus lâche que son prédécesseur.
Pas relâché : lâche.
Les éléments paraissent avoir davantage de jeu entre eux, comme si le morceau cherchait constamment le point où le groove commence à tanguer. C’est là que le mot « wonky » utilisé par le groupe devient pertinent. La pulsation reste suffisamment ferme pour tenir debout, mais tout ce qui gravite autour semble légèrement de travers.
Une excellente position pour parler du vieillissement.
Parce que 9 o’clock Nasty évite surtout la plainte nostalgique. Le morceau parle de désir, d’illusion, du corps qui change et de cette petite bataille absurde consistant à vouloir continuer comme avant alors que certaines parties de l’anatomie ont déjà commencé à déposer leur préavis.
Le trio traite cette angoisse avec son humour habituel : sec, légèrement stupide et finalement assez lucide.
Le texte promotionnel lui-même ressemble presque à une extension de la chanson. La chair faiblit. Le temps est cruel. L’obscurité infinie approche. Pendant ce temps, quelqu’un monte encore le volume.
C’est une vision étonnamment cohérente de l’existence.
Musicalement, « Check the Neck » confirme surtout le goût de 9 o’clock Nasty pour les collisions. Depuis Leicester, le groupe navigue depuis plusieurs années entre punk, garage rock, funk, hip-hop, indie, disco et tout matériau suffisamment inflammable pour entrer dans le studio. Leur album « This Is Crowland » avait déjà renforcé cette tendance à faire cohabiter énergie brute, satire et détours rythmiques ; les sorties plus récentes ont ensuite poussé tantôt vers quelque chose de plus musculaire, tantôt vers des morceaux plus sombres.
Ici, l’électronique passe franchement devant.
Le morceau conserve pourtant cette manière très physique de jouer, même lorsqu’il emprunte son moteur à la rave. La basse ne sert pas d’habillage contemporain : elle constitue l’argument principal. Elle pousse, salit, occupe trop de place — donc exactement la bonne quantité.
« Check the Neck » prépare « The Dirty South », album dont le groupe refuse encore de donner une définition très sérieuse. Lettre d’amour à Leicester ? Commentaire sur le genre ? Autre chose complètement ? Leur communiqué laisse volontairement plusieurs portes ouvertes et conseille surtout d’apporter des sandwiches.
Ce qui paraît presque prudent.
Parce qu’à écouter « Check the Neck », le reste de la soirée ne le sera probablement pas.
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