« Funk moite, batterie syncopée, guitare qui drague franchement et claviers en apesanteur : “Big CrUsh En3rgY” ressemble à ce moment très précis où l’on sait qu’on va probablement faire une bêtise — et où l’on décide que ce sera quand même une excellente idée. »
La guitare donne le ton avant même que CAPYAC ait vraiment besoin de s’expliquer. Souple, jazzy, presque nonchalante, elle avance avec cette élégance légèrement insolente qui rappelle le versant le plus organique de l’indie soul moderne. Puis la batterie s’installe, plus cassée, plus nerveuse, et tout le morceau commence à onduler plutôt qu’à simplement battre la mesure.
C’est là que « Big CrUsh En3rgY » devient franchement addictif.
Le trio fabrique ici un funk qui ne cherche surtout pas à rejouer les années 70 sous cloche. La basse synthétique apporte son rebond, les claviers épaississent discrètement le décor, les voix circulent entre les membres du groupe et la production électronique maintient l’ensemble dans une esthétique très actuelle. On passe du funk à l’indietronica, puis vers un R&B alternatif sans sentir les coutures.
Surtout, CAPYAC sait laisser les éléments se répondre.
La batterie ne vient pas simplement soutenir la basse : elle la provoque. La guitare lance ses petites phrases, les synthés lui répondent, les ad-libs apparaissent dans les interstices. Obie Puckett apporte des parties vocales particulièrement vaporeuses, Delwin Campbell injecte ses interventions dans le décor et Eric Peana tient la ligne centrale, guitare et voix en main.
Le crush annoncé dans le titre n’est donc pas seulement raconté. Il est arrangé.
Tout repose sur cette excitation un peu ridicule et absolument délicieuse des attirances naissantes : on analyse trop, on sourit pour rien, on croit être discret alors que toute la pièce a compris. CAPYAC pousse même l’idée jusqu’à imaginer cette « big crush energy » traverser littéralement le plafond. C’est excessif, évidemment. C’est aussi précisément pour cela que ça marche.
Le morceau porte également les traces d’une vie entre Berlin et Los Angeles. Le groupe y a travaillé au fil de ses déplacements, de ses tournées, de nouvelles amitiés et d’histoires plus éphémères. Derrière la légèreté, il y a donc une idée assez jolie de famille choisie : les gens que l’on rencontre loin de chez soi, ceux qui restent, ceux qui ne font que passer et qui, malgré tout, finissent quelque part dans une chanson.
Et la fabrication de « Big CrUsh En3rgY » semble avoir été aussi chaotique que son titre.
Une dizaine de versions existeraient sur les disques durs du groupe. Des parties ont été enregistrées, effacées, reconstruites. L’arrivée d’une vraie batterie a encore modifié l’équilibre. CAPYAC raconte même certaines sessions dans des termes suffisamment absurdes et intimes pour confirmer une chose : la méthode de travail du trio ne ressemble probablement pas à une réunion de copropriété.
Cette capacité à saboter volontairement une première bonne idée pour voir ce qu’il reste après explique beaucoup de choses.
CAPYAC vient d’un projet né à Austin autour d’un humour presque potache — à l’origine, casseroles, guacamole et esprit de blague collective — avant de se reconstruire entre Berlin et Los Angeles en véritable laboratoire de funk, house, techno et performance. Leur musique a gagné en précision sans perdre son goût du bizarre.
« Big CrUsh En3rgY » en profite pleinement.
Le titre a d’ailleurs été éprouvé sur scène pendant sa gestation. Et cela s’entend dans son élasticité : certaines sections semblent volontairement laisser assez d’espace pour qu’une guitare puisse déborder, qu’un synthé parte ailleurs ou qu’un break se transforme complètement selon l’humeur du concert. Chez CAPYAC, la version studio paraît presque être une photographie d’un organisme destiné à continuer de muter en live.
Après les accents French House de « Fly Forever », la synth-pop de « Opulence Machine » ou le hip-house de « Rye Bread », le trio resserre ici son langage autour d’un funk émotionnel particulièrement bien dosé.
On danse, mais quelque chose palpite derrière le groove.
Et au milieu de cette basse caoutchouteuse, de ces harmonies rêveuses et de cette batterie qui refuse de marcher droit, « Big CrUsh En3rgY » réussit finalement quelque chose de très simple : faire sonner un béguin exactement comme il se vit.
Un peu sexy. Un peu idiot. Beaucoup trop excitant.
Pour découvrir plus de nouveautés POP, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAPOP ci-dessous :
