« Un propriétaire fantôme, un appart qui se délite, la tête qui bourdonne et cette étrange créature qui semble régner sur tout ce qu’on laisse pourrir dans un coin : “King Of The Moths” transforme la fatigue moderne en punk nerveux, drôle et franchement peu rassurant. »
Il y a quelque chose de très Superfriends dans le fait d’avoir donné un visage au chaos.
Le « King Of The Moths » existe, à les entendre. Pas comme un personnage fantastique bien défini, plutôt comme cette présence qu’on connaît tous sans vraiment vouloir la nommer : le bazar qui s’accumule, le bruit mental permanent, les problèmes qu’on reporte, la sensation que quelque chose se dégrade lentement pendant que tout le monde fait semblant que ça tiendra encore un peu.
Et puis il y a les propriétaires absents.
Le titre prend directement ce problème à bras-le-corps. Superfriends parle ici de logements qui tombent en ruine pendant que ceux qui devraient intervenir restent loin du décor. La colère est très concrète, presque triviale, et c’est précisément ce qui lui donne du poids. Pas besoin d’un grand symbole abstrait quand un plafond, une fuite ou une pièce laissée à l’abandon racontent déjà très bien le rapport de force.
Musicalement, le groupe choisit le bon carburant : indie rock, punk, pop-punk, avec une énergie assez frontale pour que l’exaspération ne se transforme jamais en complainte molle.
Superfriends vient d’une culture DIY et ça s’entend jusque dans la manière de penser la chanson. Harry Atkinson et Jake Hughes ont commencé adolescents, après avoir passé assez de temps devant des scènes punk pour finir par se dire qu’ils pouvaient eux aussi monter dessus. Matt Johnson et Mark Riley ont complété le groupe depuis, mais cette énergie de départ semble toujours intacte : l’envie de faire fort, vite, ensemble, et surtout de garder quelque chose de profondément humain sous le bruit.
« King Of The Moths » marque pourtant une étape plus sombre.
Le morceau donne son nom à leur premier album et accompagne un groupe qui parle désormais de fins, de nouveaux départs et de ce moment assez peu glamour où l’on réalise qu’entrer dans la trentaine ne ressemble pas forcément à ce qu’on avait imaginé. Les copains sont toujours là, l’humour aussi, mais quelque chose s’est durci.
C’est là que le personnage du King Of The Moths devient assez malin.
Il permet à Superfriends de personnifier tout ce qui parasite sans tomber dans la confession plombante. Le burn-out ordinaire, les appartements négligés, les boulots sans relief, les projets qui s’entassent, l’impression de devenir adulte beaucoup trop tard : tout finit par prendre la forme de ce roi miteux qui règne dans les coins oubliés.
Le groupe garde malgré tout son goût pour les refrains larges et la poussée collective. C’est important, parce que la noirceur ne devient jamais synonyme d’immobilité. Même quand tout part en vrille, la musique continue de sauter, de cogner, de donner envie de gueuler les paroles à plusieurs.
Le contraste fonctionne très bien.
Sous la crasse et les mites, Superfriends reste un groupe de camaraderie. Leur punk porte la frustration, mais aussi cette vieille idée que certaines choses deviennent plus supportables dès qu’on peut les hurler à plusieurs dans une petite salle.
« King Of The Moths » gagne justement parce qu’il ne nettoie rien.
Les fissures restent visibles, le propriétaire reste absent, le bourdonnement reste là.
Et le groupe décide quand même de monter le son.
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