« Un piano né en Allemagne, une voix enregistrée au Canada, un violoncelle venu de Londres et un saxophone envoyé depuis la Suisse : “In the Silence of the Hills” traverse les frontières pour mieux raconter ce qui arrive lorsqu’on cesse enfin de remplir chaque silence. »
Le plus beau choix de « In the Silence of the Hills » est peut-être celui que Moon and Aries n’a pas fait : ajouter une batterie.
Aucune pulsation chargée d’organiser l’écoute, aucun rythme venu rassurer en indiquant où poser le pied. Le duo laisse la composition évoluer autour du piano, des synthétiseurs analogiques, du violoncelle, de la guitare, du saxophone et de la voix. De quoi créer une matière riche, certes, mais surtout assez d’espace pour que chacun de ces éléments conserve sa respiration.
Tom Aries a posé la première pierre à Cologne. Une composition de piano dont la mélodie s’est ensuite prolongée dans des textures de synthés analogiques. Puis le morceau est parti à l’autre bout du monde, chez Jordana Moon à Kelowna, au Canada. C’est elle qui lui donne des mots et cette voix chaude, vulnérable, particulièrement adaptée à une chanson consacrée au besoin de sortir momentanément du vacarme quotidien.
La méthode de travail pourrait presque sembler paradoxale. « In the Silence of the Hills » parle de reconnexion, de nature et de présence, alors qu’il a été fabriqué à distance par des musiciens installés dans plusieurs pays. Pourtant, c’est précisément cette circulation qui lui donne son caractère humain. Chaque intervention a été enregistrée après écoute et réaction au morceau, sans chercher à remplir méthodiquement toutes les fréquences disponibles.
La violoncelliste classique Zara Hudson-Kozdoj intervient depuis Londres. Peter J. Mitchell envoie sa guitare depuis le Canada. Hanna Marchand, alias Joko Magic, apporte son saxophone depuis la Suisse. Tom Aries récupère ensuite ces différentes voix instrumentales et les rassemble dans la production finale.
On pourrait parler de collaboration internationale. Le terme serait exact mais presque trop administratif pour ce qui se joue réellement ici.
Il s’agit davantage d’une conversation différée.
Le violoncelle peut prolonger une émotion amorcée par le piano ; la guitare introduire une nouvelle nuance sans réclamer le premier plan ; le saxophone apparaître comme une présence expressive plutôt qu’un passage obligé de virtuosité. La chanson trouve sa sophistication dans cette retenue.
Moon and Aries appelle son univers « Electronic Cinematic Soul », et « In the Silence of the Hills » donne enfin un sens très concret à cette appellation. Le duo conserve la profondeur atmosphérique et les textures électroniques qui caractérisent son travail, mais les rapproche cette fois de matières plus organiques. Le synthétiseur n’efface pas le bois du violoncelle. Le traitement sonore ne gomme pas le souffle de la voix. L’électronique devient environnement plutôt que destination.
Cette évolution est au centre de Prairie Souls, EP de cinq morceaux attendu en novembre, dont « In the Silence of the Hills » constitue le quatrième chapitre. Le projet déplace progressivement Moon and Aries vers quelque chose de plus terrestre : moins préoccupé par la densité sonore, davantage par les intervalles entre les sons, par ce qu’une note peut provoquer lorsqu’on lui laisse réellement le temps d’exister.
La chanson parle justement de cette disponibilité devenue rare.
S’éloigner de l’agitation.
Retrouver la nature.
Regarder quelqu’un.
Écouter sans préparer immédiatement une réponse.
Respirer sans devoir rentabiliser les secondes qui passent.
Sur le papier, le propos pourrait facilement basculer dans le bien-être générique. L’arrangement lui évite cet écueil. Moon and Aries ne transforme pas le calme en joli décor pastoral ; le duo le traite comme un état qu’il faut reconquérir. L’absence de batterie est alors presque une prise de position esthétique : rien ne viendra pousser artificiellement la chanson vers sa prochaine étape.
Elle y arrivera quand elle y arrivera.
Chris Kung et François Rocheleau, au mixage et au mastering, préservent cette sensation d’ouverture. Le morceau peut ainsi rester cinématographique sans devenir monumental, intime sans se réduire à une ballade acoustique.
« In the Silence of the Hills » ne demande finalement pas beaucoup à son auditeur.
Seulement de lui accorder ce que notre époque distribue de moins en moins facilement : quelques minutes sans chercher à les remplir.
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