À huit ans, James Crowley écoutait Avril Lavigne en pensant que personne ne pourrait jamais comprendre ses tourments. Quelques années plus tard, le songwriter londonien semble avoir fait de cette hypersensibilité une jolie matière première. Avec « Imprint », son nouvel EP coécrit avec Joel Amey de Wolf Alice, il fouille les amours qui nous échappent, les héritages familiaux et les traces que les autres laissent sur nos vies. Quatre titres indie-folk plus amples, plus électriques, où l’intime se raconte sans maquillage, notamment à travers son regard d’artiste queer.
Dans cette interview « Première fois », James remonte le fil de ses émotions, d’une soirée étudiante à Montpellier à ses premiers concerts londoniens, en passant par Joni Mitchell, les larmes en studio et cette petite phrase qui a tout changé : arrêter de demander la permission.
Le premier artiste dont tu as été fan ?
Je suis un pur enfant des années 90. Je me souviens avoir économisé mon argent de poche pour acheter « Let Go » d’Avril Lavigne, puis être devenu complètement obsédé par chacun des morceaux de l’album.
« I’m With You » me ramène encore à cette sensation que personne au monde ne pouvait comprendre ce que je traversais… alors que j’avais huit ans.
La première chanson qui t’a touché ?
C’est difficile d’identifier le tout premier moment où la musique m’a bouleversé, tellement elle est liée à chaque aspect de ma vie.
Mais découvrir « For The Roses » de Joni Mitchell, au moment où je commençais à envisager la possibilité de faire de la musique, a eu un impact profond sur moi.
Le dépouillement de « Lesson in Survival » exprimait quelque chose qui résonnait énormément avec ce que je ressentais à cette époque.
Cette solitude que l’on éprouve lorsqu’on décide de suivre sa propre voie, en sachant que même les personnes les plus proches de nous ne comprendront pas forcément ce que l’on poursuit, m’a profondément marqué.
La première scène live que tu as faite ?
Quand j’étudiais à Montpellier, mes amis m’ont poussé, après quelques verres, à jouer devant eux lors d’une soirée en appartement.
Je venais tout juste de commencer à confier à un cercle très restreint que j’écrivais des chansons. À l’époque, l’idée de me produire devant des gens me terrifiait.
Heureusement, aujourd’hui, c’est devenu une expérience beaucoup plus agréable.
La première fois où tu t’es dit : « OK, je suis artiste » ?
Je dirais que c’était lors de mon tout premier concert en tête d’affiche à Londres, au moment de la sortie de mon premier EP.
Le concert affichait complet et j’ai ressenti une euphorie incroyable, comme si j’étais enfin arrivé là où je devais être.
C’était un moment d’évidence. Je me suis dit : « OK, c’est exactement ce que je suis censé faire. »
Le premier moment en studio qui t’a retourné ?
La première fois que j’ai entendu le mix du morceau « Imprint », j’ai pleuré.
C’est étrange de ressentir une émotion aussi forte face à quelque chose que l’on porte en soi et avec lequel on vit depuis longtemps.
Je me suis tourné vers mon producteur, Mike Horner, et j’étais pratiquement incapable de formuler une phrase.
À mes yeux, c’est plutôt bon signe.
La première collaboration qui t’a bousculé ?
Travailler avec Joel de Wolf Alice a complètement changé ma manière d’aborder le travail en studio.
Nous avons collaboré pour la première fois sur mon single « Clean », et c’était aussi la première fois que je le voyais jouer de la batterie d’aussi près.
Il a quelque chose d’un magicien dans sa façon de réagir à la musique qui l’entoure. Son instinct pour créer des textures sonores est absolument remarquable.
Puis avoir l’occasion d’écrire « Co-Pilot » avec lui a été l’un des grands moments de ma carrière.
J’espère pouvoir m’inspirer de cette alchimie rythmique dans mes prochaines compositions.
La première critique qui t’a fait grandir ?
« Arrête de demander la permission. »
Une personne très importante dans ma vie m’a dit ça alors que je doutais de moi et de la direction sonore que prenait ce disque.
Je crois qu’au fond, j’espérais que quelqu’un me donne une sorte de mode d’emploi, comme s’il existait une « bonne manière » de faire les choses.
Ta première déception musicale ?
Découvrir que je ne sais pas jouer de la trompette.
Certaines idées gagnent à rester dans l’imagination.
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