« Il devait simplement se préparer pour un date. À la place, MAZZARA a pensé à un autre homme rencontré quelques heures plus tôt dans un sauna communautaire, trouvé une mélodie sous la douche, écrit des paroles dans le métro et terminé assis dans un parc de Vauxhall à enregistrer l’idée sur son téléphone. “BAD” est né comme ça : dans l’urgence, le désir et l’impossibilité de faire semblant de ne rien ressentir. »
Installé à Londres, MAZZARA puise ouvertement dans la pop sensuelle du début des années 2000, avec Britney Spears, Justin Timberlake ou encore Ariana Grande en références assumées. « BAD » reprend certains de ces codes — respirations, passages murmurés, falsetto, empilements d’harmonies, éléments de beatbox — mais les replace dans une perspective queer beaucoup plus personnelle. La nostalgie n’est donc jamais une fin en soi : elle sert surtout à raconter une forme de libération.
Le morceau s’ouvre sur une phrase qui pose immédiatement le conflit intérieur : savoir que l’on ne devrait peut-être pas désirer quelque chose, puis constater que le corps a déjà décidé autrement. C’est précisément cette friction qui nourrit « BAD ». MAZZARA parle de la perte de l’innocence, mais surtout de l’abandon de l’image que les autres ont construite pour soi. Le passage à l’acte n’est pas uniquement sexuel ; il consiste à accepter enfin une version de soi longtemps retenue.
Cette idée résonne particulièrement dans le parcours queer que l’artiste revendique. Grandir avec la sensation qu’il faudrait contenir ou dissimuler certains désirs peut produire, plus tard, l’envie inverse : les revendiquer avec davantage de volume. « BAD » s’inscrit dans ce mouvement de récupération. Le désir n’est plus présenté comme une faute à corriger, mais comme quelque chose à regarder en face, quitte à être excessif, théâtral ou ouvertement charnel.
La production joue beaucoup sur cette sensualité. MAZZARA et Kevin Shoemaker, rencontré lors d’un événement professionnel en septembre 2025, ont construit le morceau ensemble après que l’artiste en eut écrit les premières bases le mois précédent. Les sessions se sont réparties entre plusieurs studios de l’Est londonien, notamment Pirate Studios et Qube, avec une grande liberté laissée à MAZZARA dans les choix de textures, de voix et d’arrangements.
Cette confiance semble avoir été déterminante. MAZZARA insiste sur le fait d’avoir pu proposer des idées sans craindre que son expression queer, ses choix vocaux ou certains sons volontairement suggestifs soient accueillis avec gêne. Cela s’entend dans l’attitude générale du morceau : « BAD » ne cherche pas à se rendre plus sage pour être acceptable.
L’influence de Britney Spears apparaît surtout dans cette manière de faire passer la sensualité par le souffle, le murmure et la proximité vocale. Justin Timberlake se retrouve davantage dans le falsetto et certaines idées rythmiques, tandis que l’héritage d’Ariana Grande apparaît dans les riffs vocaux et le travail d’empilement des harmonies. MAZZARA absorbe ces références plutôt que de les imiter frontalement, jusqu’à fabriquer une pop qui assume pleinement son goût pour le spectaculaire.
Le single a aussi trouvé une prolongation naturelle sur scène. Deux jours après sa sortie, MAZZARA organisait un showcase au Jaguar Shoes avec les artistes de cabaret Jaye Sanchez et Sodra Matic. L’idée était autant de célébrer « BAD » que de créer un espace cohérent avec son univers : performance, sensualité, théâtralité et soutien à la scène queer ainsi qu’aux petites salles indépendantes de l’Est londonien.
Cette façon de mélanger musique et cabaret correspond bien à une philosophie artistique qui préfère l’élan à la perfection. MAZZARA ne cherche pas le morceau irréprochable au millimètre ; il revendique plutôt ce point où l’idée fonctionne, où l’émotion passe, et où les petites imperfections deviennent presque une partie du rock’n’roll.
« BAD » tient donc moins de la provocation gratuite que de la permission qu’on finit par s’accorder. Celle de vouloir, de fantasmer, de rater un date, de chanter trop près du micro et de cesser enfin de présenter des excuses pour tout ce qui déborde.
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