« Travailler, envoyer de l’argent à la famille, créer après les heures de bureau, encaisser les jalousies, aimer, sortir, recommencer le lendemain : avec “Attical Sounds Vol. 2: Chronicles of a Nine to Five”, S.C.U.D. transforme la routine en récit d’ascension. Cinq morceaux suffisent pour faire entendre tout ce que le mot “hustle” peut contenir lorsqu’il ne relève plus du slogan mais du quotidien. »
Basé à Thompson, au Manitoba, Babatunde Adewole alias S.C.U.D. poursuit ici le développement de ce qu’il appelle les « Attical Sounds », une approche afro-fusion où Afrobeats, soul, hip-hop, fuji et mélodies R&B se rencontrent sans hiérarchie fixe. Le projet reste très directement relié à son expérience : celle d’un artiste qui avance en parallèle d’une vie professionnelle classique, avec toutes les tensions que cela suppose entre ambition, argent, famille, fatigue et désir de progression.
« Steady » ouvre l’EP avec une confiance tranquille. Le morceau reprend l’idée bien connue du « slow and steady wins the race », mais S.C.U.D. la transforme en déclaration personnelle. Le progrès n’est pas spectaculaire, il est cumulatif. Aller de personne inconnue à quelqu’un qui compte devient ici une victoire construite dans la durée, presque un antidote aux récits de succès instantané.
« Balance » constitue le véritable cœur du projet. S.C.U.D. y formule une demande simple mais presque impossible : faire tenir ensemble le travail, les responsabilités familiales, l’argent, le rêve artistique et une forme de stabilité intérieure. Nourrir « mommy, daddy and baby », rester debout dans le 9-to-5 et continuer à croire que les efforts finiront par payer. Le refrain autour de cette nécessité que « everything balance » résume à lui seul tout l’EP.
« Karma » apporte une tonalité plus spirituelle et plus défensive. Sur un groove plus posé, S.C.U.D. répond aux faux amis, aux critiques et aux comportements hypocrites sans chercher l’affrontement frontal. Il préfère la patience, la foi et l’idée que ce qui est envoyé finit toujours par revenir. La formule yoruba « ma je ko baje », utilisée comme prière pour que les choses ne se gâtent pas, renforce cette dimension de protection presque intime.
« Onome », en collaboration avec Mitche, change légèrement de perspective. La hustle n’est plus seulement masculine ou individuelle : S.C.U.D. célèbre ici une femme qui travaille, gagne son propre argent et tient elle aussi un rythme exigeant. Le morceau fonctionne comme une lettre adressée à une « working baddie », avec une idée très simple derrière : celle ou celui qui travaille dur mérite aussi de danser. La présence de Mitche, basé au Nigeria, renforce encore ce lien entre le Canada et les racines nigérianes du projet.
« Challenge », avec Rooky Kamiz, ferme l’EP sur une énergie nettement plus expansive. La fatigue du travail et les contraintes disparaissent presque dans une forme de défi collectif. « Salary for life », Dieu à ses côtés et aucune difficulté trop grande : S.C.U.D. transforme ici le grind en carburant de fête. Le morceau pousse aussi plus loin la fusion musicale, avec des éléments pop occidentaux, des chœurs amples et une production qui dépasse le cadre d’un Afrobeats strict.
Cette collaboration avec Rooky Kamiz, basé en Saskatchewan, ajoute une dimension géographique intéressante au projet. Attical Sounds Vol. 2 reste profondément lié au Nigeria, mais il est aussi enraciné dans les Prairies canadiennes et dans l’expérience d’un artiste afro-fusion travaillant loin des grands centres habituels du genre. Thompson, Winnipeg, Saskatchewan et Nigeria se retrouvent ainsi dans le même espace musical.
Cette circulation correspond au parcours récent de S.C.U.D. Son précédent projet Late Bloomer a consolidé son audience, tandis que ses performances à New Skool Rules à Rotterdam ou dans le cadre de showcases canadiens lui ont permis d’élargir encore son terrain. L’EP arrive donc à un moment où le récit du « nobody to somebody » n’est plus seulement une ambition : il commence à devenir une trajectoire observable.
Mais Chronicles of a Nine to Five reste intéressant précisément parce qu’il ne gomme jamais le travail nécessaire derrière cette progression. S.C.U.D. parle d’argent, de responsabilités et de fatigue sans renoncer à la joie. Il n’idéalise pas le quotidien ; il montre comment on construit quelque chose à l’intérieur.
« Steady » avance, « Balance » tient l’ensemble, « Karma » protège, « Onome » partage et « Challenge » refuse de plier. Cinq morceaux pour raconter la même idée sous cinq angles : tant que la journée n’est pas finie, la course non plus.
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