Un rappeur qui réclame la VAR après ses défaites en battle, rêve de Disney et transforme une rupture amoureuse en séance studio mémorable : Le Môme a cette manière assez désarmante de faire cohabiter les drames et les sourires. Avec « Lumos Lacryma », son premier album, il invente presque une formule magique pour apprivoiser les blessures, traverser le deuil et retrouver cette lumière que l’enfance nous apprend à chercher partout.
Douze titres entre rap, chanson et émotions à vif, où la vulnérabilité n’a rien d’une faiblesse. Dans cette interview « Première fois », il nous raconte ses débuts dans les open mics, ses rencontres décisives, ses désillusions et ces petites victoires qui lui ont appris à ne jamais cesser d’y croire.
La première chanson qui t’a ému ?
J’ai un souvenir très précis, enfant, de ce clip que j’ai vu à la télé et qui m’a scotché : « Somewhere Over the Rainbow » d’Israel « IZ » Kamakawiwoʻole.
Ce mélange de fragilité absolue, ce ukulélé, cette voix et ce grand monsieur au grand cœur… Ça a été un vrai choc émotionnel.
C’est sans doute là que j’ai compris qu’une chanson pouvait être un refuge, un endroit où la mélancolie devient lumineuse.
Le premier artiste dont tu as été fan ?
J’étais fan de Walt Disney. Petit, je voulais être comme lui plus tard.
Pour un gars qui s’appelle Le Môme, c’était un plan de carrière plutôt raccord.
La première chanson que tu as écrite ?
La chanson s’appelle « On Rêve » et elle hante encore les catacombes de YouTube.
Tout était déjà là : les thèmes, l’énergie, cette obsession pour la résilience.
Je crois que la sensibilité n’a pas bougé. J’ai juste appris à explorer de nouvelles textures, à affiner ma plume et à faire grandir la musique avec moi. Et à enregistrer correctement !
Le premier concert auquel tu as assisté ?
Techniquement, le premier concert auquel j’ai assisté… c’était le mien !
Une scène ouverte et franchement, ça s’est super bien passé. Les gens criaient de fou.
Mais si on parle de la première fois de ma vie dans le public, j’ai dû attendre mes vingt ans.
Dans ma famille d’artisans bouchers, on ne traînait pas vraiment dans les salles de concert. Et gamin, je n’avais ni le temps ni l’argent pour ça. J’étais soit à l’école, soit à la boucherie en train d’aider mes parents.
Mon tout premier concert, c’était Oxmo Puccino au Broc, dans une toute petite salle près de Nice.
J’étais un fan absolu d’« Opéra Puccino » et de « L’Amour est mort ». Le voir en live avec toute une équipe de musiciens, c’était une claque.
Quand il a fait « L’Enfant seul » avec eux sur scène, je me suis dit directement : « C’est exactement ça que je veux faire. Un jour, je veux des musiciens avec moi aussi. »
La première fois que tu es monté sur scène ?
C’était en 2015, au Volume, une petite salle à Nice.
À la base, j’étais juste venu pour soutenir un pote. Je n’avais jamais rappé devant un public de ma vie.
Mais là, je suis monté sur scène. Dans la foulée, il y avait des battles organisées. J’ai pris la confiance, je me suis inscrit… et j’ai perdu en finale !
De peu, je tiens à le dire. Encore aujourd’hui, je demande la VAR.
La première fois où tu t’es dit : « OK, je suis un artiste » ?
Petit, à l’école, probablement en CP, je m’amusais à dessiner les gens de ma classe.
Ça faisait rire tout le monde, même la prof, et j’ai senti que c’était un pouvoir immense.
On m’aimait pour ça, on ne m’embêtait pas, parce que j’étais le gars qui dessine et qui fait rire.
Je me suis senti vivant et heureux de donner de la joie.
La première opportunité musicale qui a changé ta vie d’artiste ?
C’était lors d’un tremplin à Marseille, au Makeda.
Je suis monté sur scène en béquilles. Je venais de me faire un arrachement osseux à la cheville. Bref, je vous passe les détails.
Je suis arrivé deuxième. Décidément, je perds souvent en finale !
Mais j’étais tellement fier : je ne connaissais absolument personne dans la salle. Aucun pote, que des inconnus. Et j’ai retourné la salle ce soir-là.
J’ai perdu à une voix près. Je demande la VAR là aussi, mais c’est OK.
Plus sérieusement, ça m’a prouvé que je pouvais être professionnel et assurer même en béquilles, dans la souffrance.
Derrière, j’ai pu faire les premières parties de MC Solaar, et le niveau d’exigence n’est plus jamais redescendu.
Ça a changé ma vie.
Ta première déception musicale ?
Comme on ne me faisait pas jouer dans ma ville parce que j’étais un inconnu, avec des potes, on avait monté une association.
Grâce à elle, je faisais des ateliers d’écriture, de l’événementiel, et l’argent qui rentrait servait à louer des salles.
J’ai énormément progressé comme ça, en avançant en mode pirate, sans dépendre de personne.
Puis, un jour, le président de l’association est parti avec toute la caisse.
Je pensais que ce genre de coup bas n’arrivait que dans les films.
C’est ma plus grosse déception, et elle est autant amicale que musicale.
Le premier moment en studio qui t’a bluffé ?
Sur le morceau « Si tu doutes on est foutus », qui est un titre sur l’amour.
Eh bien, je me suis fait larguer la veille de la session studio.
Avec le recul, c’était le timing parfait : le morceau est super.
Je suis très fier qu’il existe et qu’il ait été fait dans ces conditions.
Après tout, c’est le thème de l’album : que nos larmes soient lumineuses !
Le premier message d’un fan qui t’a vraiment touché ?
C’était le message d’une femme.
Elle m’a écrit pour me dire qu’elle était gravement malade, qu’elle se battait contre un cancer et que mes chansons l’accompagnaient pendant ses séances de chimiothérapie.
Que ça lui donnait de la force.
La première collaboration qui t’a bousculé : comment a-t-elle changé ta musique ?
Avec mon beatmaker, El Gaouli.
C’est la rencontre artistique qui a tout fait basculer.
On s’est trouvés, tout simplement. On parle exactement le même langage musical : il suffit parfois d’un regard ou d’une demi-phrase en studio pour qu’on sache instantanément où l’autre veut emmener le morceau.
Ce qui a tout changé, c’est qu’il m’a bousculé en m’emmenant dans des directions que je n’aurais jamais osé explorer tout seul.
Là où je serais resté bien au chaud dans mes automatismes de rappeur, il a su casser mes repères, me pousser dans mes retranchements et élargir ma palette.
Grâce à cette alchimie, il m’a fait progresser à pas de géant.
La première critique qui t’a fait progresser : qu’as-tu changé ensuite ?
« Y a trop de mots dans tes morceaux. »
Du coup, j’ai sorti « L’Étoile du berger », un morceau fleuve de cinq minutes sans refrain.
Résultat ? C’est le meilleur démarrage en termes de statistiques de toute ma vie. Et le morceau qui a le plus touché les gens.
Comme quoi, parfois, faire exactement l’inverse de ce qu’on vous conseille, c’est la meilleure façon de progresser !
La première fois que tu as annulé quelque chose pour préserver ta santé mentale ?
Je n’ai jamais annulé un seul engagement de ma vie.
Sûrement parce que je chéris ma santé mentale avec beaucoup de rigueur.
Je viens d’une famille d’artisans où c’était très dur. Quand je demandais « Ça va ? » à ma mère, elle me répondait : « Il faut. »
Du coup, j’ai appris à m’écouter. Mais pas trop. Mais suffisamment quand même…
C’est une question d’équilibre.
Ton premier cachet dépensé « n’importe comment », mais de façon mémorable ?
Un loyer à Paris.
C’est du grand n’importe quoi, non ?
Les loyers, hein, pas le cachet !
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