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Be My Wife lâche prise avec panache sur « Long Haul »

Be My Wife lâche prise avec panache sur « Long Haul »
  • Publishednovembre 2, 2026

« Sleaze, romantisme, absurdité et vulnérabilité réelle : Be My Wife brouille volontairement les lignes entre confession et performance. “Long Haul”, écrit au lendemain d’un trip au LSD inattendu, ouvre une nouvelle phase plus brute du projet, où lâcher prise devient moins un conseil qu’une nécessité. »

Il y a chez Be My Wife quelque chose de profondément théâtral, mais jamais au sens propre du terme.

Federico Nessi, directeur créatif installé à Paris, a construit ce projet comme on construit un personnage que l’on sait pourtant incapable de rester entièrement fictif. Après plus de vingt ans passés à jouer, créer des images et revenir sans cesse vers la musique, une exposition plus frontale en 2023 a agi comme un détonateur. Be My Wife est né de là : quelque part entre crise existentielle, cabaret malade et envie très sérieuse de ne plus faire semblant d’être raisonnable.

Les références sont là, clairement : post-punk, no wave, industriel, goth, mais aussi le crooner classique, ses excès, son romantisme frontal et cette manière de transformer le ridicule en grandeur.

« Long Haul » pousse précisément cette logique plus loin.

Le morceau marque une nouvelle étape dans le son du projet. Là où le premier album installait une tonalité émotionnelle globale, cette suite préfère retirer du vernis et montrer les contradictions intérieures telles qu’elles sont : multiples, embarrassantes, grotesques parfois, vulnérables souvent.

Le contexte d’écriture donne immédiatement la couleur.

La chanson a été écrite le lendemain d’un trip au LSD imprévu. Plutôt que d’en tirer une grande révélation mystique, Be My Wife en garde quelque chose de beaucoup plus terre-à-terre : lorsque les circonstances échappent totalement à votre contrôle, il ne reste parfois qu’une seule possibilité — arrêter de lutter contre elles.

Cette idée pourrait facilement devenir un mantra bien-être insupportable.

Be My Wife évite heureusement le piège.

Son lâcher-prise est sale, un peu bancal, presque drôle malgré lui. Il appartient à ce territoire où le projet excelle : celui où l’on ne sait jamais très bien si l’on assiste à une blague, à un effondrement émotionnel ou aux deux en même temps.

C’est précisément ce qui rend « Long Haul » intéressant.

La chanson ne cherche pas à rendre la vulnérabilité noble. Elle l’accepte dans ce qu’elle a de maladroit, de ridicule, de séduisant aussi. On retrouve là tout le vocabulaire de Be My Wife : glamour et laideur, désir et embarras, sincérité et bullshit.

Le nom même du projet dit déjà beaucoup.

Il renvoie à la fois à une chanson de David Bowie et à un film de Max Linder, comme si la sophistication rock et le burlesque muet avaient décidé de partager le même appartement parisien. Cette coexistence n’est pas décorative. Elle structure l’identité de Be My Wife : prendre au sérieux ce que l’on tourne habituellement en dérision, puis saboter ce que l’on prend trop au sérieux.

La question queer traverse également l’ensemble, mais sans devenir bannière explicative.

Chez Nessi, elle fonctionne davantage comme une manière de regarder le monde de biais, de ne jamais accepter totalement les catégories telles qu’elles sont présentées. Même le désir devient instable, performatif, potentiellement gênant, donc humain.

« Long Haul » semble ainsi moins raconter un événement précis qu’un état mental.

Celui de quelqu’un qui comprend que contrôler davantage ne résoudra rien.

Alors il reste l’abandon.

Pas forcément la paix.

Plutôt l’acceptation momentanée du chaos.

Le clip, tourné et monté par Federico Nessi lui-même dans son appartement parisien, prolonge parfaitement cette logique DIY. Be My Wife conserve ainsi quelque chose de l’esprit amateur revendiqué de la contre-culture underground : pas amateur au sens de maladroit, mais au sens premier du terme — quelqu’un qui fait parce qu’il aime suffisamment ça pour ne pas attendre la permission.

Il y a d’ailleurs une phrase qui résume très bien l’esprit de « Long Haul » :

vivre un peu, s’amuser, puis disparaître.

Pas comme une morale.

Comme une sortie de scène.

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Written By
Extravafrench

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