« Une improvisation de guitare filmée en 2012, des paroles écrites des années plus tard à partir d’une histoire réelle, puis une rencontre tardive entre les deux : “If There Was Ever A Fool (One Of A Cast Of Many)” porte dans sa fabrication même quelque chose du hasard sentimental qu’il raconte. C’batch en tire une pièce de cinematic soul rock où l’ampleur orchestrale côtoie l’ironie, le drame et une forme de comédie noire. »
L’histoire du morceau commence bien avant que sa véritable histoire n’existe. En 2012, C’batch filme une improvisation de guitare jouée sur un backing track, sans autre intention que de conserver une idée musicale née sur le moment. La composition reste ensuite en suspens, indépendante de tout récit précis. Ce n’est que des années plus tard, à la fin de la période Covid, que l’artiste écrit des paroles inspirées d’une relation réelle observée chez un ami. L’histoire était déjà terminée, ce qui lui permettait de la regarder avec davantage de recul, et surtout avec cette distance étrange qui transforme parfois le chagrin des autres en théâtre humain.
C’est précisément ce regard qui évite à « If There Was Ever A Fool (One Of A Cast Of Many) » de devenir une nouvelle ballade sur le cœur brisé. C’batch s’intéresse moins à la souffrance romantique qu’aux comportements absurdes qu’elle provoque. Les mauvaises décisions, les aveuglements, les contradictions et cette tendance universelle à perdre toute lucidité lorsqu’un sentiment prend trop de place deviennent le vrai sujet du morceau. Le titre est déjà cruel à sa manière : s’il existe un “fool”, il n’est probablement pas seul. Le sous-titre “One Of A Cast Of Many” élargit la responsabilité et transforme l’affaire sentimentale en petite distribution théâtrale où chacun peut, à son tour, devenir ridicule.
Le contraste avec la musique est savoureux. C’batch opte pour une production expansive, cinématographique, presque somptueuse, nourrie de soul, de rock, d’ambient et d’art pop. Les textures atmosphériques et l’orchestration donnent à la chanson une ampleur que ses personnages ne méritent peut-être pas entièrement, et c’est justement là que réside une partie de son humour. La musique semble prendre l’histoire très au sérieux tandis que le texte observe ses protagonistes avec un sourcil légèrement levé. Cette distance crée un décalage rare : le morceau peut être sincèrement émotionnel tout en refusant la solennité absolue.
La guitare conserve évidemment une place essentielle. Le fait que la base instrumentale provienne d’une improvisation vieille de plus d’une décennie donne au morceau une forme de mémoire interne. On entend moins un exercice de nostalgie qu’une idée qui avait simplement attendu que le bon récit vienne s’y loger. C’batch assume d’ailleurs pleinement cette manière de travailler. Après plus de quarante ans de carrière, il refuse de considérer qu’une composition appartient forcément à l’époque où elle a été créée. Son travail récent autour de la série The Vault repose précisément sur cette logique : rouvrir des archives, retrouver des gestes ou des performances anciennes et découvrir ce qu’ils peuvent encore devenir au présent.
« If There Was Ever A Fool (One Of A Cast Of Many) » illustre parfaitement cette philosophie. La musique de 2012 n’avait pas été écrite pour ces paroles, et les paroles n’avaient pas été pensées pour cette musique. Leur rencontre tardive aurait pu sembler artificielle ; elle devient au contraire le moteur du morceau. Il y a presque quelque chose de romanesque dans cette idée de deux fragments créatifs qui avancent séparément pendant des années avant de finir dans la même chanson.
Cette construction sert également le caractère théâtral de C’batch. Fondateur de Stevette Music, Inc., il a développé un catalogue qui traverse R&B, soul, rock, jazz instrumental, dance et compositions cinématographiques, et cette pluralité se retrouve ici sans devenir démonstrative. Les influences ne s’empilent pas : elles servent la narration. L’ambient installe la distance, le rock donne de la matière, la soul apporte une chaleur émotionnelle et l’orchestration pousse certains passages vers un imaginaire presque filmique.
Le clip prolonge naturellement cette ambition visuelle. C’batch ne sépare pas vraiment composition, interprétation et mise en scène : le morceau est pensé comme un petit univers où l’image et le son participent au même récit. Cette approche fonctionne d’autant mieux que le texte lui-même observe une relation comme s’il assistait à une pièce dont les personnages ignoreraient parfois qu’ils sont devenus caricaturaux.
Il reste surtout une idée assez juste derrière tout ce dispositif : en amour, le ridicule n’est presque jamais distribué à une seule personne. « If There Was Ever A Fool (One Of A Cast Of Many) » préfère donc observer la catastrophe avec élégance plutôt que désigner un coupable unique. Le résultat ressemble à un grand drame sentimental filmé avec des éclairages magnifiques, alors que dans le fond, tout le monde sur scène aurait peut-être simplement dû rentrer chez soi un peu plus tôt.
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