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Le cœur serre mais les guitares avancent avec Austin Powell sur « Retribution »

Le cœur serre mais les guitares avancent avec Austin Powell sur « Retribution »
  • Publishednovembre 2, 2026

« Retribution » ouvre une fenêtre dans le deuil : Austin Powell fait du groove une façon de continuer à vivre, au cœur de son premier album « CHALANT ».

Une guitare électrique offerte à douze ans, une maison à la lisière des Pine Barrens, une grand-mère qui vous connaît avant que vous sachiez vous définir. On pourrait commencer l’histoire d’Austin Powell par ses influences ; on préfère cette scène fondatrice, dans le sud du New Jersey. Elle contient déjà l’instrument, le refuge et la personne dont la présence traversera « CHALANT ». « Retribution », extrait de ce premier album, en propose une entrée étonnamment mobile : un R&B alternatif porté par les guitares et un groove affirmé, alors que tout autour se raconte l’apprentissage de la perte.

Ce frottement mérite l’attention. On associe volontiers le deuil au ralentissement, à une musique qui baisserait les yeux avec nous. Powell lui accorde aussi de l’allant. Le caractère entraînant de « Retribution » introduit une contradiction profondément humaine : traverser une période douloureuse n’abolit ni le désir de mouvement ni la possibilité d’une éclaircie. Le corps poursuit parfois ce que la pensée peine encore à concevoir.

La place centrale des guitares prolonge un parcours où l’écriture instrumentale et la production se sont progressivement rejointes. La découverte de « Channel Orange », de Frank Ocean, pousse Powell vers l’apprentissage autonome des outils de studio. Ses affinités avec Steve Lacy, Dijon ou mk.gee éclairent ensuite cette recherche d’un R&B aux contours poreux, où le grain sonore participe à l’expression autant que la mélodie. La guitare y possède plusieurs vies possibles : appui rythmique, présence harmonique, matière à transformer.

À l’échelle de « CHALANT », cette sensibilité se déploie dans une palette largement analogique : synthétiseurs chaleureux, guitares amples, slide et grooves à mi-tempo. « Retribution » en expose le versant dynamique. Son titre promet presque un règlement de comptes ; l’histoire de l’album invite surtout à regarder ce qui se réorganise intérieurement lorsque les priorités changent.

Powell écrit une grande partie du projet dans une petite cabane, tandis que la santé de sa grand-mère décline. Il quitte ensuite Los Angeles pour s’installer auprès d’elle à Palm Springs et participer à ses soins. L’indépendance, horizon habituel des récits de jeunesse, prend soudain une autre valeur. Grandir consiste ici à accepter les liens, la responsabilité, le besoin réciproque.

On comprend alors autrement la voix de cette femme conservée dans l’interlude « Chalant ». Ses encouragements à l’acceptation de soi donnent au disque son centre de gravité. « Retribution » appartient à cet ensemble sans devoir en porter seul toute la peine. Ses guitares laissent entrer de l’air. Et ce mouvement possède quelque chose de bouleversant : la vie reprend de la place dans une maison dont on refuse d’effacer les habitants.

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Written By
Extravafrench

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