« TOMÁ et I am TIM signent deux morceaux qui refusent la case unique. Entre indietronica, glitch hop, disco rap, Afro-fusion et R&B alternatif, “Dysfunctional” puis “Like So Many Boulders And Rocks”, rejoint par Kareem Kateb, dessinent un terrain de jeu mouvant où le rap se branche sur l’électronique et les rythmes afro sans perdre son étrangeté. »
TOMÁ et I am TIM semblent avoir un goût assez net pour les morceaux qui prennent les étiquettes de genre comme de simples indications, jamais comme des frontières. « Dysfunctional » et « Like So Many Boulders And Rocks » appartiennent à cette catégorie de collaborations où la rencontre compte davantage que la conformité : deux titres liés par les mêmes protagonistes, mais capables de changer entièrement de vocabulaire musical d’un morceau à l’autre.
« Dysfunctional » annonce déjà la couleur par son intitulé. Le morceau est classé à la croisée de l’indietronica, du disco rap et du glitch hop, combinaison suffisamment atypique pour laisser imaginer une production construite autour du contraste plutôt que de la pureté. L’ambiance annoncée, chill et moody, renforce cette sensation d’une musique qui préfère les contours légèrement flous aux grandes démonstrations.
L’association entre TOMÁ et I am TIM fonctionne ici comme une collision de sensibilités. La dimension électronique apporte au morceau un cadre plus abstrait, tandis que le rap permet de conserver une présence humaine et narrative au centre. Le mot « Dysfunctional » invite naturellement à lire cette rencontre sous l’angle du déséquilibre : fonctionnement bancal, relation compliquée ou simple constat d’une époque qui semble parfois tourner de travers. Sans enfermer le titre dans une interprétation unique, cette ambiguïté lui convient particulièrement bien.
Le choix du glitch hop ajoute aussi une notion intéressante : l’imperfection devient partie intégrante du langage. Un son qui accroche, une structure qui se dérègle légèrement ou une pulsation moins linéaire peuvent devenir des outils expressifs. TOMÁ et I am TIM semblent ainsi chercher moins la fluidité parfaite qu’un espace suffisamment souple pour accueillir les aspérités.
« Like So Many Boulders And Rocks » change ensuite radicalement d’horizon. I am TIM et TOMÁ y sont rejoints par Kareem Kateb, tandis que les marqueurs se déplacent vers l’Afrobeats, l’Afro-pop, l’Afro-fusion, toujours accompagnés de disco rap et de R&B alternatif. Le titre, particulièrement long et presque littéraire, possède déjà quelque chose de visuel : des blocs, du poids, des éléments qui s’accumulent. Là encore, le nom laisse davantage de questions que de réponses, et cette absence d’évidence devient une qualité.
Ce deuxième morceau montre surtout la capacité du duo à ne pas reproduire le même système. Là où « Dysfunctional » s’oriente vers une électronique plus déstructurée, « Like So Many Boulders And Rocks » ouvre la collaboration vers des rythmiques afro et une approche potentiellement plus organique. L’arrivée de Kareem Kateb élargit encore cette circulation entre les genres et donne au morceau une dimension collective supplémentaire.
Les deux titres se répondent finalement par leur refus de la ligne droite. Disco rap d’un côté comme de l’autre, indietronica et glitch sur le premier, Afro-fusion et R&B alternatif sur le second : la cohérence ne vient pas d’un son identique, mais d’une manière de concevoir la musique comme un endroit où plusieurs identités peuvent cohabiter sans devoir être totalement fondues entre elles.
I am TIM résume d’ailleurs son propre rapport à la création avec une simplicité presque désarmante : artiste, humain, musicien, praticien d’une forme de bienveillance fondée sur l’amour. Cette posture tranche avec les biographies ultra-marketées et correspond assez bien à ce que suggèrent ces deux collaborations : une musique qui semble davantage intéressée par l’échange que par la fabrication d’une persona rigide.
« Dysfunctional » et « Like So Many Boulders And Rocks » racontent donc surtout la mobilité. TOMÁ et I am TIM peuvent passer d’un imaginaire électronique volontairement étrange à une palette afro plus ouverte sans donner l’impression de changer complètement de langage. Kareem Kateb vient prolonger cette logique sur le second morceau, comme une nouvelle pièce ajoutée à une construction qui préfère rester modulable.
Deux titres, deux directions, et la même conviction : parfois, la meilleure identité musicale est précisément celle qui refuse de rester immobile.
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