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Music Rock

Winchester 7 & the Runners passent de l’indie rock au ukulélé sur No Worse For Wear

Winchester 7 & the Runners passent de l’indie rock au ukulélé sur No Worse For Wear
  • Publishednovembre 2, 2026

« Depuis Atlanta, Winchester 7 & the Runners dynamitent les habitudes du garage rock avec un instrument qu’on n’attend pas au centre du décor : l’ukulélé ténor électrique. Sur No Worse For Wear, le trio américano-européen mélange indie rock, surf, garage, pop 60s et rock alternatif sans tomber dans le rétro pur jus. »

Le pari pourrait facilement ressembler à un gimmick. Mettre un ukulélé ténor électrique au cœur d’un groupe indie rock, c’est suffisamment inhabituel pour prendre toute la place dans le récit. Winchester 7 & the Runners évitent pourtant ce piège assez vite. Sur No Worse For Wear, l’instrument devient moins une curiosité qu’un véritable moteur d’écriture, avec son attaque particulière, son grain plus sec et sa capacité à occuper un espace différent de celui d’une guitare classique.

Basé autour du Sanctuary Studio d’Atlanta, en Géorgie, le groupe possède lui-même une géographie assez éclatée. Winchester 7 assure chant et ukulélé, Phil Voorhees vient d’Amsterdam et tient la basse, tandis que Jack Kane évolue entre le Royaume-Uni et une existence décrite comme perpétuellement itinérante. Cette distance nourrit un projet qui semble avoir appris à exister en dehors d’une scène locale unique, tout en revendiquant très clairement un ADN garage et indie rock anglo-américain.

« Waitin’ Here For You » ouvre l’EP sur une attente qui ne cherche pas à être passive. Le titre installe immédiatement cette manière qu’a Winchester 7 & the Runners de travailler la mélodie avec une énergie très directe, presque power-pop, sans perdre la rugosité garage. L’ukulélé électrique y agit comme une signature instantanément reconnaissable et donne à la chanson une légèreté nerveuse qui empêche la nostalgie de devenir trop confortable.

« I’m Goin’ Down » assombrit légèrement le tableau. Là où le premier morceau gardait une forme d’élan, celui-ci laisse entendre davantage de chute, de fatigue ou de déraillement. Le groupe conserve pourtant son goût pour l’efficacité mélodique, préférant garder la tension dans le mouvement plutôt que d’installer une lourdeur démonstrative. C’est aussi là que l’équilibre entre garage rock et pop rétro fonctionne le mieux : la forme reste accrocheuse pendant que le titre tire vers quelque chose de plus inquiet.

« The World From My Bed », en collaboration avec Airinna Namara, change la perspective. Le monde est observé depuis un lieu immobile, presque réduit à une chambre, et cette position donne naturellement au morceau une couleur plus introspective. La présence d’une voix invitée apporte une nouvelle profondeur au disque, comme si le groupe ouvrait soudain une fenêtre dans son propre décor. Le titre joue bien sur ce contraste entre mouvement musical et immobilité physique : tout peut continuer dehors alors qu’on reste cloué au même endroit.

« Ballad of the Bishop of Eastwood » prend davantage de temps et se présente comme la pièce la plus narrative du projet. Son format plus long lui permet d’installer un personnage, un décor et une progression plus ample. C’est ici que les racines classic rock et folk-rock du groupe apparaissent avec le plus de netteté, sans pour autant effacer le caractère légèrement décalé de leur instrumentation. Winchester 7 & the Runners ne cherchent pas la grande fresque solennelle ; ils préfèrent garder quelque chose d’un peu étrange, presque cinématographique, dans leur façon de raconter.

« The Talk » revient à un format plus ramassé. Le titre évoque immédiatement une conversation qu’on repousse, celle qui finit par devenir inévitable. Le groupe traite cette idée avec une nervosité presque pop, comme si l’urgence du morceau venait justement de ce qui doit enfin être dit. La basse et la batterie gardent l’ensemble très mobile, pendant que l’ukulélé conserve cette fonction de contrepoint, moins massif qu’une guitare saturée mais tout aussi mordant.

« 10 Easy Steps » joue avec une autre forme de promesse moderne : tout pourrait être simple à condition de suivre quelques étapes. Rien que le titre contient déjà une pointe d’ironie, comme ces méthodes censées résoudre n’importe quelle situation en dix points parfaitement ordonnés. Winchester 7 & the Runners utilisent cette idée pour ramener un peu d’humour dans l’EP, tout en gardant ce sens du refrain et de la concision qui traverse l’ensemble du disque.

« The Way You Moved », avec Jenny Conlee, ferme enfin No Worse For Wear sur quelque chose de plus souple et plus mémoriel. Le titre regarde moins une personne qu’une empreinte : une manière de bouger, une présence physique restée dans la mémoire. La collaboration ajoute encore une autre couleur au trio et donne à la fin du disque une dimension plus élégante, presque mélancolique, sans casser son identité.

Ce qui tient les sept morceaux ensemble, c’est cette façon de jouer avec le passé sans se laisser enfermer dedans. Les références aux sixties, au surf, au garage ou au classic rock sont bien présentes, mais elles passent à travers une écriture plus actuelle et surtout à travers cet ukulélé électrique qui déplace immédiatement les repères. Là où beaucoup de groupes rétro-guitare cherchent à reproduire un son déjà connu, Winchester 7 & the Runners créent une petite anomalie suffisamment forte pour qu’on reconnaisse leur patte en quelques secondes.

Le trio résume d’ailleurs sa philosophie avec une simplicité presque désarmante : l’indie ukulele rock doit être fun. No Worse For Wear prend cette phrase au sérieux sans devenir léger pour autant. Le disque sait parler d’attente, de chute, d’isolement, de conversation ou de souvenir tout en gardant l’envie de jouer au premier plan. Depuis Atlanta jusqu’à Amsterdam et au Royaume-Uni, Winchester 7 & the Runners ont trouvé leur meilleur angle : faire du rock de travers, mais avec assez de mélodie pour qu’on ait envie d’y rester.

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Written By
Extravafrench

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