« Sensual » condense dix ans de recherche en un choc intime, où fingerbleed donne aux images de Nancy Li la force et le désordre d’un rêve dont on sort trop tôt.
La pochette d’« Instant Gratification » contient une photographie de la grand-mère qui a élevé fingerbleed. Sept fleurs, une par chanson, dessinent autour d’elle un papillon. J’aime commencer par ce collage parce qu’il donne une idée de la façon dont « Sensual » assemble ses souvenirs. Chaque fragment conserve ses bords. C’est en regardant l’ensemble qu’on découvre une figure qu’aucun détail, à lui seul, ne laissait prévoir.
Né à Nimègue et installé à Amsterdam, le producteur, guitariste et auteur-compositeur néerlandais a grandi en écoutant les disques de psychédélisme turc que son père passait à la maison. Il en retient notamment une manière de faire dévier la mélodie, de donner au phrasé des courbes qui résistent à la ligne droite. Sur son premier EP, paru chez Avant Garden, cette mémoire familiale rencontre une production électronique qui regarde aussi bien vers les déformations de Jai Paul que vers l’impact de The Prodigy. La guitare appartient au même vocabulaire. Entre rock et rave, elle donne à fingerbleed une autre manière de travailler le grain et la tension.
« Sensual » pousse cette recherche du côté de l’écriture. La poète Nancy Li en a écrit le texte après de longues conversations avec le musicien. De ces échanges, elle tire des images où l’amour, l’innocence et la destruction peuvent se côtoyer sans être remis dans l’ordre. On retrouve là quelque chose de très précis dans la mémoire des rêves. Une scène paraît limpide tant qu’on y est. Au réveil, on serait incapable de dire comment on est passé de la tendresse à la peur. La logique est restée dans la sensation.
C’est là que le nom « Instant Gratification » prend pour moi toute sa saveur. Les sept chansons se sont constituées sur une décennie, et fingerbleed les veut capables de nous atteindre au premier contact. « Sensual » met cette idée à l’épreuve. L’impact peut être immédiat alors que les images, elles, demandent à être rapprochées, reprises, parfois comprises de travers avant de trouver leur place. On revient au morceau comme à ce papillon sur la pochette. La première fois, on remarque les ailes. La deuxième, on regarde enfin le visage.
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