Les synthés de « LIE LIE LIE » entretiennent l’illusion, les guitares menacent de la faire éclater. Entre les deux, Simon Says prête sa voix à ce qu’on s’obstine à taire.
Le troisième mensonge est souvent le mieux raconté. On a eu le temps de roder la version, de retirer le détail qui clochait, d’adopter le ton de quelqu’un qui n’a aucune raison de se justifier. « LIE LIE LIE » me plaît déjà pour ce que son titre fait à cette assurance. Répété trois fois, le même mot devient suspect à force d’insister. Simon Says s’intéresse à ce travail de persuasion qu’on mène parfois contre soi-même, par amour, par orgueil ou parce qu’on doute encore de ce qu’on a très bien compris.
Bassiste et auteur-compositeur installé à Lyon, il donne à cette obstination une forme électro-pop qui garde la nervosité du rock alternatif. Le rapport entre les synthés hypnotiques et les guitares prêtes à se déchaîner est le détail qui m’intéresse le plus. Les premiers donnent au déni sa durée, cette sensation qu’on pourrait rester longtemps à l’intérieur de la même version des faits. Les secondes font peser sur elle la possibilité d’une rupture. Le morceau tire sa tension de ce délai. L’explosion importe aussi pour le temps qu’on passe à la pressentir.
La voix brute, au milieu de cette mécanique, rend la situation moins confortable. Elle conserve quelque chose de l’aveu prononcé avant qu’on ait trouvé comment s’en sortir élégamment. Les affinités avec Yungblud et Joji éclairent cette drôle de coexistence. On peut vouloir expulser une émotion à pleine force et rester aimanté par sa part mélancolique. Simon Says maintient ces deux impulsions dans le même cadre. L’accroche pop rend la pensée facile à retrouver, presque aussi facile qu’une mauvaise habitude.
Pour le clip, Youth déplace la chanson dans Londres, filmée de nuit. J’aime ce changement de ville pour la liberté qu’il donne à l’imagination. On pense à un trajet qu’on prolonge parce qu’une fois rentré, il faudra bien décider quoi faire de ce qu’on sait. Le déni a parfois cette allure très ordinaire. On passe devant sa rue. On marche encore jusqu’au feu suivant.
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